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Légendes Stellaires - Première partie
Par Algedi, version du
02/06/2008.
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Les derniers rayons du soleil glissaient timidement sur l’immense citée de Pyxis qui s’étalait fièrement dans la plaine. Les grands immeubles de la capitale tentaient vainement de projeter leurs ombres sur les énormes montagnes qui dominaient l’est de la ville. La légère brise qui soufflait dans la vallée ne parvenait pas à rafraîchir l’air surchauffé de cette soirée de printemps. Les ombres s’allongeaient dans l’étroite ruelle, augmentant ainsi son obscurité. Les quelques lampadaires qui se trouvaient à proximité ne semblaient pas encore s’être décidés à illuminer la rue de leurs lueurs blafardes. Dans le coin le plus sombre, à l’abri des regards, les deux soldats tenaient Faïgon fermement tandis que le troisième le ruait de coups. Jamais il ne s’était senti si impuissant. Il se maudissait encore de s’être laissé surprendre. Habituellement, il était beaucoup plus prudent et ne s’aventurait jamais dans le labyrinthe des étroites ruelles de l’ancienne zone industrielle de Pyxis sans prendre ses précautions. Il aurait pu entendre ces crapules. Il aurait même dû sentir leur présence. Il en était capable. Il vivait dans la rue depuis si longtemps qu’il avait appris à repérer les soldats de l’armée du Nitaï à plus de vingt mètres. D’ordinaire, ils n’étaient jamais discrets: même lorsqu’ils étaient en planque, ils arrivaient toujours à se faire remarquer. Sûrement parce qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de frimer , pensa-t-il. Pourtant, ces quatre là étaient différents : ils n’avaient fait aucun bruit, aucun mouvement, même léger, qui aurait pu trahir leur présence. Leur rapidité et leur façon d’agir au moment de l’attaque pouvaient laisser croire que ces hommes faisaient partie d’une unité d’élite et qu’ils avaient été préparés pour ce genre d’assaut surprise. Malgré les coups qu’il recevait, il ne quittait pas des yeux l’homme qui le frappait. Il portait le grade de lieutenant. Faïgon savait qu’il ne pourrait jamais oublier son visage. Il ne laissait transparaître aucune émotion et ses traits semblaient avoir été gravés dans l’acier le plus dur. Son regard froid plongeait dans celui de sa victime, comme pour lui montrer à quel point il était déterminé. Faïgon compris à cet instant que le lieutenant n’aurait aucune hésitation à le tuer. Il essaya alors de voir où était Jodie. Le quatrième soldat tentait de l’immobiliser contre le mur. La jeune fille se débattait du mieux qu’elle le pouvait, compliquant ainsi la tâche de son agresseur. Elle semblait si fragile entre les mains du soldat, tel une proie se débattant entre les griffes d’un horrible prédateur. Faïgon avait l’habitude de se prendre des coups et, au fond, cela ne le lui faisait plus rien. Mais l’idée que Jodie puisse être violentée ou même blessée lui était insupportable. Elle était tout pour lui.
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Il se souvenait encore du jour où il l’avait rencontré : il avait douze ans, elle en avait treize. C’était au cours de l’une de ses visites quotidiennes dans les quartiers riches de la ville, à la recherche de nourriture. Elle était assise sous le porche de l’une de ces grandes maisons blanches qui avaient été construites juste avant la guerre. Elle pleurait, la tête enfouie dans ses genoux recroquevillés contre ses épaules. Elle portait une jolie robe d’été d’un bleu très pale. Sa longue chevelure brune contrastait avec le blanc éclatant des murs de la maison. Elle était sa seule raison de vivre et il ne pouvait pas supporter de la perdre. Et encore moins qu’on lui fasse du mal.
Le lieutenant Kaïtos ressemblait à tous les officiers de la terrible armée du Nitaï : il arborait fièrement son uniforme bleu et blanc dont les larges épaulettes en acier scintillaient dans l’ombre telles deux grandes lames de rasoir. Issu d’une famille riche, il avait fréquenté les meilleures écoles. Mais il avait toujours été la bête noire et la risée de ses camarades qui se moquaient de sa timidité et de sa petite taille. Les plus grands le frappaient sans cesse. Lorsqu’il rentrait chez lui avec ses vêtements déchirés, sa mère se mettait toujours dans une colère noire et le punissait. C’est alors que survint la guerre. Lorsque tout le pays fut occupé par l’armée du Nitaï, il ne put s’empêcher d’admirer ces grands soldats, fiers et cruels, qui n’hésitaient pas à éliminer ceux qui leur manquaient de respect. C’est pourquoi, à seize ans, il entra à l’école d’officiers de l’armée, à la grande joie de ses parents qui virent là l’occasion pour eux de mieux fréquenter les nouveaux dirigeants du pays. Quand on lèche les bottes, pensait-il, on se soucie peu du changement de propriétaire, du moment que la pointure reste la même. Mais Kaïtos ne s’intéressait pas aux problèmes politiques. L’armée était pour lui, comme beaucoup d’autres jeunes engagés, un moyen de devenir quelqu’un et d’être respecté. Et surtout il savait que cela lui permettrait également de se venger de tous ceux qui l’avaient humilié. Il sortit de l’école à dix huit ans en tant que lieutenant et avait à présent une section d’élite de vingt hommes sous ses ordres. Il se sentait très puissant. Il était très puissant. Et les gens puissants étaient respectés. Kaïtos regardait sa victime droit dans les yeux. Ce jeune garçon devait avoir le même âge que lui, une vingtaine d’années tout au plus. Il ressemblait à tous ces jeunes qui traînent dans les rues, sans but et sans avenir. Pire que des moins que rien : des parasites qu’il faut écraser.
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Sous prétexte de faire un peu d’entraînement, le jeune lieutenant aimait se balader avec quelques uns de ses hommes le soir dans les ruelles sombres des bidonvilles et de l’ancienne zone industrielle. Ils tombaient souvent sur ces bandes de jeunes voyous. Comme il était facile de leur tendre des embuscades. Et comme il était facile pour Kaïtos de terroriser ces jeunes qui habituellement fanfaronnent et fonts si peurs aux civils des beaux quartiers. Mais celui là n’était pas comme les autres. Kaïtos venait de lui asséner une vingtaine de coups de poings au visage. Le jeune homme avait les joues gonflées et rougies, sa lèvre supérieure et son arcade sourcilière gauche saignaient. Et pourtant il ne baissait toujours pas les yeux devant son bourreau. Au contraire, il le fixait et son regard était emplit de colère. Kaïtos savait ce que cela signifiait : ce garçon ne le craignait pas. Et cela l’énervait au plus haut point car Kaïtos aimait inspirer la peur à ses victimes. C’est cette peur qui lui procurait un sentiment de puissance. Non seulement le jeune imbécile qui se tenait devant lui, le visage ensanglanté, n’avait pas peur, mais en plus, Kaïtos savait que, si ses soldats ne le tenaient pas, ce parasite n’hésiterait pas à lui sauter dessus. La peur incite au respect et sa victime ne le respectait pas. Cette arrogance le mettait hors de lui, même s’il ne le montrait pas. Peut-être qu’après avoir tué ce vaurien d’une balle dans la tête, il se sentirait de nouveau craint et respecté. Il en éprouverait même du plaisir. Il se sentait toujours plus fort à chaque fois qu’il abattait quelqu’un. Il jeta un regard à la jeune fille. Elle était plutôt jolie. Elle se débattait comme une tigresse. Il commençait à s’impatienter, mais il ne résista pas à l’envie de jouer avec les nerfs de sa victime : - Je vais te crever, petit con. Et après, on se tapera tous ta copine !
Jodie s’immobilisa. Elle regardait Faïgon, les yeux remplis de larmes. S’il avait été seul, Faïgon se serait défendu de toutes ses forces. Il savait qu’il serait parvenu à en avoir au moins deux avant de se faire descendre. Mais il était trop tard maintenant, Jodie était entre leurs mains et il n’y avait plus rien à faire. Il lui cria alors : - Sauve-toi, ne t-inquiètes pas pour moi, vas-t-en ! Jodie ne bougea pas. Elle continuait à regarder Faïgon fixement. Son regard emplit de larmes semblait lointain, comme si elle s’était plongé dans un rêve pour ignorer la réalité. Il ne pouvait plus lire que le désespoir dans ses yeux. Faïgon devint fou de rage. Il se mit à se débattre de toutes ses forces en hurlant : - Laissez la partir, bandes d’enfoirés !
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Ses paroles ne firent que provoquer l’hilarité des soldats. Il avait beau se débattre, les deux cerbères qui le tenaient fermement ne lâchaient pas prise. Et Faïgon, après s’être pris tant de coups, était à bout de forces.
L’obscurité devenait presque totale. La faible lueur des lampadaires qui venaient juste de s’allumer ne parvenait pas à se frayer un passage dans les ténèbres de l’étroite ruelle. Soudain, une voix s’éleva, résonnant contre les murs, comme surgissant de nulle part : - Lâchez-les, tout de suite ! Les quatre soldats, surpris, se retournèrent. Un jeune homme se tenait devant eux, dissimulé dans l’ombre de la ruelle. Il semblait aussi jeune que Jodie et Faïgon, environ une vingtaine d’années. Il avait des cheveux bruns très longs qui tombaient négligemment sur son visage. Il portait une tenue de combat, comme celles des pratiquants d’arts martiaux, mais grise et très sale qui lui donnait l’allure d’un mendiant. Le lieutenant se mit à rire de façon sarcastique : - A qui tu parles comme ça toi ? Allez, dégage si tu veux pas crever ! L’inconnu ne sembla pas impressionné par ces paroles. Au contraire, il continuait à fixer le lieutenant d’un regard sombre, les yeux à demi-dissimulés par sa chevelure abondante. Il répéta calmement son ordre, en appuyant sur chaque syllabe : - Lâ-chez-les ! Kaïtos, hors de lui, saisit son arme, bien décidé à abattre cet insolent. Mais, à peine l’avait-il sorti de son étui que l’inconnu se jeta sur lui, lui tordit le poignet et lui envoya un coup de coude au visage. Kaïtos recula en arrière en lâchant son arme. L’un des deux soldats qui tenaient Faïgon se précipita alors sur l’inconnu mais ce dernier évita son coup de poing et, profitant de son élan, lui saisit le bras et le projeta contre un mur. Kaïtos surgit alors derrière le jeune homme en tentant de lui asséner un coup mais ce dernier lui envoya un coup de pied en plein visage. Kaïtos vacilla. Le coup l’avait à moitié assommé mais il était déterminé. Il se jeta de nouveau sur le jeune inconnu et lui donna un coup de pied à la hanche puis au visage. Son adversaire bloqua les deux coups et enchaîna immédiatement un coup de pied au visage puis dans l’abdomen. Cette dernière attaque projeta Kaïtos au sol. Faïgon, qui n’était plus tenu que par un seul soldat, profita de l’occasion : il lui mit un coup de talon sur le dessus du pied et lui envoya, de sa main libre, un coup au visage avec le dos de la main. Le soldat recula et Faïgon projeta son genou directement entre ses jambes. Il se plia en hurlant de douleur et Faïgon l’assomma en le frappant sur la nuque des deux mains.
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Puis, il se retourna et avança lentement vers le dernier soldat, qui tenait toujours Jodie. L’homme, qui se retrouvait seul, sortit son arme et la mit sur la nuque de sa victime : - Recule, sinon je la bute ! Soudain, le jeune inconnu surgit sur sa gauche et lui envoya un puissant coup de pied au visage. Le soldat percuta le mur et fut assommé. Jodie se précipita dans les bras de Faïgon. Kaïtos, qui venait de se relever, se précipita sur son arme. Voyant cela, Faïgon appela le jeune inconnu : - Viens vite, on se casse ! Ils se précipitèrent dans une ruelle adjacente, juste au moment ou Kaïtos tirait dans leur direction. Ce dernier, fou de rage, couru à leur poursuite et vida son chargeur en hurlant. Mais les fugitifs avaient déjà bifurqué dans une autre direction. Ses trois hommes étaient à terre. Il décida de ne pas s’aventurer plus loin dans ce véritable labyrinthe obscur. - Je vous retrouverais. Vous me le paierez ! cria-t-il, en vain.
***
L’immense palais de Coronia se tenait fièrement au milieu du désert. Il possédait quatre tours rondes gigantesques qui semblaient vouloir défier le ciel. Elles étaient coiffées chacune d’un dôme de verre de couleur bleue et étaient orientées aux quatre points cardinaux. Des grands murs les reliaient entre elles et étaient de la même couleur que le sable. Sur toute leur longueur on pouvait observer des petites ouvertures étroites qui ressemblaient plus à des meurtrières qu’à des fenêtres. Un bâtiment de forme rectangulaire, d’environ cinq cent mètres de large et quatre cent mètres de long, orienté dans le sens Nord-Sud, était situé à l’intérieur de l’enceinte. Il servait de base à une pyramide dont le sommet était plat. Le tout faisait environ deux cent cinquante mètres de haut. Quatre grandes arches à l’architecture tourmentée reliaient les tours au bâtiment central. Les vents qui soufflaient en permanence faisaient tourbillonner la poussière autour de la forteresse, donnant l’illusion d’un énorme vaisseau fantôme flottant sur une mer de sable. Le général Mirach entra d’un pas ferme et assuré dans la salle principale du palais. Elle était située contre la tour nord. Ses murs étaient ornés de belles fresques peintes à la main, racontant les exploits d’anciens guerriers. Le plafond était recouvert d’une fine couche d’or parsemée de pierres précieuses. Sur chacune d’elles se reflétaient les rayons du soleil qui parvenaient à se frayer un chemin parmi des petites ouvertures. Chaque pierre semblait ainsi produire sa propre lumière colorée. Il régnait dans la pièce un doux parfum de fleurs séchées. Page 6
Malgré l’extrême chaleur qui régnait dans le désert, la salle était maintenue dans la fraîcheur par un système de ventilation. Au fond, devant le mur nord, sous une grande tapisserie murale représentant les armes de l’Ordre, trois marches de marbre portaient un trône doré. Une jeune femme était assise sur ce dernier. Arrivé au pied de la première marche, Mirach s’agenouilla devant la princesse Coronia. Elle était très belle et très majestueuse. Ses cheveux d’un noir intense soulignaient les traits doux de son visage. Elle portait une belle robe blanche de cérémonie, décorée avec du fil doré. Cependant, elle avait l’air anxieuse. Mirach sentait que quelque chose n’allait pas. Il la salua et remarqua qu’à sa droite, assis sur la troisième marche, se trouvait l’énigmatique Kyron. C’était un personnage étrange dont les cheveux d’un noir de jais contrastaient avec ses yeux d’un bleu très clair, presque transparent. Personne ne savait d’où il venait et on ne le voyait pas souvent. Il ne parlait jamais en public et ne s’adressait directement qu’à Coronia, qui semblait le craindre. Comme Mirach l’observait, Kyron tourna lentement la tête vers lui et plongea son regard dans le sien. Malgré sa force et sa corpulence, Mirach se senti subitement inquiet et une grande peur l’envahit. Il ne se souvenait pas avoir jamais ressenti une telle peur. Il se sentait aspiré par ce regard, comme s’il l’hypnotisait et s’immisçait sournoisement au plus profond de son être pour en sonder la moindre parcelle. Mirach senti un frisson parcourir tout son corps et il détourna les yeux vers la princesse pour lui faire son rapport. - Princesse, le Japon vient de capituler. La totalité des Confédérations de l’hémisphère Nord sont à présent sous notre contrôle. L’UEC n’a plus d’autre choix que de négocier avec nous. A son grand étonnement, cette nouvelle n’eut pas l’effet escompté : Coronia leva négligemment les yeux sur lui et lui demanda des nouvelles du Kitaï. Mirach hésita un instant. Le sujet était sensible. C’était peut être ça la cause de l’anxiété de la Princesse. Il inspira un bon coup et répondit, presque à voix basse : - Nous ne les avons toujours pas localisé mais nos recherchent continuent. Les rapports en provenance de la ville de Pyxis, en Europe, indiquent qu’ils doivent se cacher dans la région. La zone des montagnes à l’est de la ville semble être privilégiée. Il y a eu des signes d’activité récemment. La réaction qu’il craignait ne tarda pas : Coronia se leva d’un bond. - Quelle bande d’incapables ! Ce n’est pas compliqué de trouver des rebelles ! Cela dure depuis trop longtemps ! Rends toi immédiatement sur place et prend les recherches en main. Le rire de Kyron s’éleva, interrompant ainsi la princesse :
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- Tu ne t’y prends pas de la bonne façon, lui dit il d’un air dédaigneux. Ne sous-estime pas le Kitaï. Il faut se méfier de Saturnia : elle possède de grands pouvoirs. Ce n’est pas une proie facile. - Je sais ce dont elle est capable. Elle ne me fait pas peur ! Elle se tourna vers Mirach : - Dépêche toi de les trouver et ne reviens me voir qu’avec Saturnia pieds et poings liés ! Mirach s’inclina et partit en jetant un regard emplit de haine envers Kyron. Lorsqu’il eut quitté la salle, ce dernier s’adressa à Coronia en riant : - Tu te crois très puissante mais tu n’es rien. N’oublies pas ta mission et qui t’a permis d’en arriver là ! - Je sais ce que j’ai à faire..., répondit-elle en quittant la salle, laissant Kyron seul qui riait de façon cynique et inquiétante...
***
Après s’être assurés que personne ne les suivait, les trois jeunes gens terminèrent leur fuite dans les ruines de l’ancienne zone industrielle, au nord-ouest de la ville. Ils s’arrêtèrent le long des restes d’un vieux mur, pendant que Jodie reprenait lentement ses esprits. Devant eux s’étendait un immense terrain désertique, rempli de tôles et de pierres amassées les unes sur les autres, au milieu d’un entrelacs de tuyaux et de câbles. A perte de vue s’étendaient des usines désaffectées, des ruines d’entrepôts et des chantiers abandonnés. Pyxis était une ville récente qui s’était exclusivement développée autour de l’industrie. Par son importance économique et géographique, elle était devenue la capitale de la Confédération Européenne. Puis, lorsque la guerre éclata, la ville fut complètement rasée par les bombardements incessants de l’armée du Nitaï. Cinq ans après, elle fut partiellement reconstruite. Elle garda son statut de capitale mais le haut commandement de l’armée de Nitaï décida de délaisser l’activité industrielle au profit de l’activité politique et financière. C’est pourquoi la reconstruction ne concerna uniquement que les quartiers résidentiels et le centre de la ville. Ainsi les anciennes habitations au nord devinrent rapidement des bidonvilles et le complexe industriel du nord-ouest fut complètement déserté. Faïgon observa le jeune homme qui les avait aidé. Ils venaient de courir pendant environ dix minutes et il n’était même pas essoufflé. Son visage semblait calme et paisible. Faïgon se demanda un instant s’il n’avait pas affaire à un cyborg. Il ne pouvait pas se permettre de lui faire confiance : - Merci de ton aide. Ne crains rien, les soldats ne te poursuivront pas ici. Il lui tendit la main et dit d’un ton ferme : - Bon, maintenant on va te laisser, on a des trucs à faire ! A la prochaine ! Page 8
L’inconnu lui serra la main. Faïgon sentit alors un liquide chaud couler le long de son poignet. - Mais tu saignes ! L’inconnu semblait gêné. Il répondit, hésitant : - Heu,... Oui, c’est quand il nous à tiré dessus. Jodie regarda Faïgon : - On ne peut pas le laisser comme ça. Il faut le soigner. Faïgon hésita un instant puis il acquiesça. Après tout, il les avait sauvés. - Ok, suis-nous. Au fait, je m’appelle Faïgon et, elle, c’est Jodie. - Merci, répondit l’inconnu. Je m’appelle Shara.
Le terrain n’était éclairé que par les lumières lointaines des grands immeubles du centre ville. Plus aucun lampadaire ne fonctionnait et la lune était basse sur l’horizon. Ils marchèrent une bonne demie heure, se frayant un chemin au milieu des ruines et des débris dans l’obscurité. Faïgon semblait parfaitement savoir où il allait. A sa suite, ils entrèrent dans les restes d’un grand entrepôt désert dont tout un pan de mur s’était effondré. A la vue de l’état de délabrement des autres murs, dont l’armature métallique rouillée faisait saillies de toutes parts, Shara pensa que le fait que ce bâtiment soit encore debout devait tenir du miracle. Le toit, constitué de tôles, était percé en plusieurs endroits. Au dessus d’eux, les restes d’une passerelle métallique pendaient vers le sol. Au rez-de-chaussée, dans le fond de la pièce, un petit escalier s’enfonçait dans les ténèbres. - Ca descend dans une cave dont l’un des murs s’est effondré, ce qui donne un accès aux souterrains, expliqua Faïgon. Seule la faible clarté de la lune perçait l’obscurité et la petite ouverture dans le mur, dissimulée derrière un ensemble de tuyaux métalliques, fut assez difficile à trouver. Derrière, un couloir en pente creusé dans la terre s’enfonçait dans l’obscurité. La descente dans les dédales sombres et humides fut longue et pénible. C’était une longue succession de virages et de lignes droite en pente douce. A certains endroits, le plafond était complètement effondré et il était nécessaire de s’accroupir, voire même de ramper sur le sol humide, pour se frayer un chemin. Au bout d’environ vingt minutes de marche difficile, une lueur faible apparut au bout d’un des boyaux effondrés. Faïgon se tourna vers Shara : - Nous arrivons dans la partie la plus secrète des souterrains. Ils pénétrèrent alors dans une immense salle aux parois de granit qui s’étiraient en longueur à perte de vue. L’ensemble semblait avoir été creusé dans la roche, mais les traces de pioches ou de pelles avaient été érodées par l’humidité. La salle était éclairée par d’innombrables ampoules poussiéreuses qui étaient accrochées anarchiquement le long de tuyaux et de câbles électriques qui parcouraient les murs et les plafonds.
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On voyait par endroit le long des murs de l’eau suinter et la température n’excédait pas les douze degrés. De chaque côté de la pièce, à gauche et à droite de l’endroit où ils se trouvaient, de larges ouvertures menaient dans des couloirs qui bifurquaient, ne permettant pas de deviner jusqu’à quelle longueur ils s’étiraient. Shara fut surpris de voir que des centaines de personnes vivaient là, entassées dans des tentes ou bien à même le sol. Il y avait beaucoup de femmes et d’enfants. Mais de nombreux hommes de tous les âges allaient et venaient dans toutes les directions, entrants et sortants de la grande salle par les deux couloirs. Les souterrains semblaient organisés comme une gigantesque ville. La plupart des personnes que Shara aperçut semblaient pauvres et misérables mais leur attitude, leur propreté et leur façon de s’habiller laissaient supposer qu’ils n’avaient pas toujours vécu ainsi. Faïgon lui fit signe de le suivre et s’engagea dans le couloir de droite. Tout en marchant, il lui expliqua que, depuis que le pays avait été envahi par l’armée du Nitaï, tous les jeunes gens étaient enrôlés de force. - En plus, préecisa-t-il, l’armée organise régulièrement des rafles dans les bidonvilles du nord de la ville. Tous les invalides et les mendiants se font arrêter et sont envoyés dans des camps. Quant aux jeunes filles qui ne sont pas assez fortes pour entrer dans l’armée, lorsqu’elles ne se font pas tuer, elles sont réduites en esclavage pour les officiers. Alors certains préférèrent se cacher ici, plutôt que d’habiter à la surface. Ils progressèrent dans le couloir tortueux en passant devant plusieurs entrées qui donnaient vers d’autres couloirs. Après quelques minutes de marche, il pénétrèrent dans une grande salle où il régnait une grande agitation. La place ressemblait à un marché où de nombreux jeunes gens distribuaient toutes sortes de marchandises et de nourritures à la foule qui allait et venait entre les étalages dans un vacarme étourdissant. Faïgon dit à Shara qu’ils étaient enfin arrivés, il lui saisit la manche en le tirant et en se dirigeant au beau milieu de la cohue générale.
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Crystal frappa à la porte de la chambre de la princesse Saturnia et entra, suivie de Flamme, sans attendre de réponse. Lorsqu’elles pénétrèrent dans la petite pièce dépourvue de meubles, elles furent surprises de la trouver seule, en pleine méditation. La belle jeune fille brune était accroupie sur un tapis blanc au milieu de la pièce, les yeux clos, tournant le dos à la porte. Elle portait une longue robe blanche ornée de symboles brodés avec du fil doré.
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Elle paraissait être concentrée, très calme et détendue, comme si rien de ce monde ne pouvait l’atteindre. Après quelques secondes d’attente, la princesse se leva lentement et se retourna vers ses deux visiteuses avec un sourire doux : - Je vous écoute. Qu’y a t-il ? Flamme pris la parole la première : - Princesse, la puissance de l’armée du Nitaï devient de plus en plus inquiétante et ils continuent à nous rechercher. La situation devient critique. La princesse répondit calmement, de sa voix douce et posée, que le moment d’agir n’était pas encore venu. Crystal, étonnée, lui demanda alors : - Si nous laissons l’armée du Nitaï nous découvrir, nous ne pourrons plus compter sur l’effet de surprise. Pourquoi attendons-nous? - Tous nos guerriers sont prêts à intervenir, ajouta Flamme. Ils n’attendent plus que toi. - L’Ordre du Nitaï est plus puissant qu’il n’y paraît, répondit la princesse, toujours d’une voix calme et très douce. Je sens qu’une force maléfique agit dans l’ombre. Nous devons absolument attendre la venue du Guerrier d’Orion avant d’agir. Flamme, étonnée, lui dit alors : - Enfin, Princesse, tout cela n’est qu’une légende. Comment peux-tu penser que... Saturnia l’interrompit en levant sa main. - Je sais qu’il viendra. L’esprit de Naliah me l’a annoncé. Il est là, quelque part près d’ici. Et je sais qu’il viendra à nous très bientôt... La princesse semblait être très sure d’elle. Mais ses paroles ne parvinrent pas à dissiper les doutes de Crystal et Flamme.
***
Au milieu de la pièce, deux jeunes gens, en apercevant Faïgon, se précipitèrent à sa rencontre : - Qu’est-ce que tu foutais ? On vous a cherché partout. - Je vous raconterais, répondit fièrement Faïgon. Une voix surgit derrière lui : - Ouais, t’as plutôt intérêt ! Et dans les détails. Faïgon se retourna, surpris. La jeune fille qui venait de prendre la parole se tenait derrière eux, les bras croisés. Elle semblait être furieuse. - Euh…, Shonie… bafouilla Faïgon, visiblement très impressionné. - T’as intérêt a avoir une bonne explication pour avoir disparu comme ça, et pour ramener un étranger ici ! Elle hocha la tête en direction de Shara et, aussitôt, cinq jeunes hommes l’encerclèrent. L’un d’eux lui attrapa le bras droit. Shara le repoussa violemment. Page 11
Les cinq garçons sortirent brusquement de leurs poches des couteaux à cran d’arrêt. Les gens qui se tenaient autour d’eux s’écartèrent et, après une brève rumeur, le silence se fit dans toute la salle. Jodie se précipita vers eux : - Non, arrêtez ! Il n’est pas dangereux. Elle se retourna vers Shara : N’essaye pas de résister. Tout va s’arranger, ok ? Shara acquiesça. Jodie regarda alors Shonie : - D’accord ? Shonie se méfiait de l’étranger, mais elle savait qu’elle pouvait avoir confiance en la jeune fille. - Ok, c’est bon, rangez vos couteaux. Les cinq jeunes hommes s’exécutèrent et la foule reprit ses occupations comme s’il ne s’était rien passé. Shara fut impressionné de voir que cette fille avait autant d’autorité. Même Faïgon, qui semblait être fougueux et rebelle, ne discutait pas ses ordres. Shonie fit signe à Jodie de la suivre et s’éloigna du groupe. Avant de la rejoindre, Faïgon fit un clin d’oeil à Shara : - T’inquiètes pas, on va tout lui expliquer ! Shara observa ses cinq gardiens qui s’étaient regroupés et l’observaient avec méfiance. Cinq hommes, à peu près aussi jeunes que lui, qui semblaient être effrayés, tout comme les pauvres gens qu’il avait croisé dans les tunnels. Ils avaient tous peur de lui. Il décida alors de s’asseoir par terre contre l’un des murs de la salle, afin de leur montrer qu’il ne tenterait rien et qu’il n’était pas une menace pour eux. Une fois à l’écart, Shonie se retourna vers Jodie : - Alors ? - Il nous a sauvé la vie. - Oui, expliqua Faïgon. On allait rentrer quand quatre soldats nous sont tombés dessus. On n’a rien entendu, on s’est fait surprendre. - Toi, Faïgon, tu t’es fait surprendre par des soldats ? répondit Shonie, étonnée. - Ouais, je sais, c’est con. Ca devait être un commando ou un truc comme ça. Je ne les ai pas repéré. Et puis, ils ne viennent jamais traîner dans le coin d’habitude. - Oui, c’est bizarre, répondit Shonie. Surtout à la tombée de la nuit. C’est inquiétant. S’ils n’ont plus peur de s’aventurer dans les ruelles, ils trouveront facilement les souterrains, surtout qu’ils en connaissent déjà l’existence. Et ce mec alors ? - Il est arrivé et nous a défendu. On ne s’en serait pas sorti sans lui, répondit Jodie. - Je vois ça, dit Shonie en regardant le visage tuméfié de Faïgon. - Tu aurais du voir comment il s’est débarrassé d’eux ! Ils n’ont eu aucune chance ! Page 12
- C’est justement ce qui m’inquiète. Comment expliques-tu qu’un homme seul puisse se débarrasser de quatre commandos ? Ca sent le coup monté ! - J’y ai pensé, figure-toi ! Mais il a vraiment frappé les soldats, il ne faisait pas semblant ! - Et il saigne du vrai sang, ajouta Jodie. - Ca ressemble à du sang, rectifia Shonie. Tu sais bien que leurs androïdes sont de plus en plus évolués. C’est peut-être même un cyborg, dit-elle d’un air pensif. Elle se retourna alors dans la direction où se trouvait Shara : - Je ne peux pas prendre de risques, désolé.
***
Kaïtos observait la salle dans laquelle il se trouvait. C’était une des plus grande salle du quartier général. Elle servait aux réunions de l’état major et du haut commandement. Au centre trônait une grande table en chêne massif sur laquelle était gravé le symbole de l’armée du Nitaï. Tout autour étaient disposés des fauteuils en cuir mais, en bout de table, se trouvait un fauteuil plus grand et plus confortable que les autres. Un autre symbole de l’armée, plus complexe, figurait sur le mur qui se trouvait derrière. Deux autres hommes se trouvaient à côté de Kaïtos : le commandant des sections Fantômes et le lieutenant-colonel responsable des opérations militaires de la ville. Les trois hommes se tenaient debout, alignés face à la porte de la salle. Kaïtos ne comprenait toujours pas pourquoi il était là. Dès son retour à la base, après s’être fait soigner son nez cassé, il avait transmis son rapport relatant l’altercation avec les jeunes dans la ruelle. Il savait qu’il encourait des sanctions pour cet échec, mais ne s’attendait pas à être convoqué si rapidement. Et encore moins par le haut commandement. Il observa les deux autres hommes qui se trouvaient avec lui. Ils étaient tous les deux assez âgés. Vu leurs grades et leurs fonctions, ils devaient sûrement faire partie des forces d’invasion lorsque l’armée du Nitaï entra en Europe il y a quatre ans. En général, ces "anciens" étaient toujours mieux considérés que les "nouveaux" qui s’étaient engagés après l’invasion. Kaïtos n’avait jamais vu le lieutenant-colonel auparavant. En revanche, il avait souvent eu affaire au commandant qui était son supérieur direct. Il n’appréciait pas du tout cet homme qui était obséquieux et opportuniste, toujours prompt à s’approprier les actions de ses hommes pour se faire bien voir de ses supérieurs. Aucun de ces deux hommes ne lui avait adressé la parole depuis son entrée dans la pièce. Kaïtos sentait qu’il se passait quelque chose d’anormal.
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Si on voulait le sanctionner, son commandant l’aurait convoqué dans son bureau et lui aurait passé un savon. Comme à son habitude, lorsqu’il sentait que lui même risquait de s’en prendre un par son supérieur. Or là, les trois hommes se trouvaient sur un pied d’égalité, alignés tous les trois contre un mur. Aucun n’osait dire un mot ni s’adresser un regard. Il régnait un silence pesant dans la pièce, ce qui n’annonçait rien de bon. Le général Kaya, suivie du terrifiant colonel Tsih, entra dans la salle. Elle traversa la pièce sans un mot ni un regard, et s’assit négligemment dans le grand fauteuil en cuir, en posant sa jambe droite par dessus l’accoudoir. Elle observa les hommes qui se tenaient devant elle, au garde-à-vous. La jeune femme était brune, avec les cheveux longs et légèrement bouclés. Elle était plutôt agréable à regarder mais avait toujours un air dur et sévère qui mettait mal à l’aise. La première fois qu’il l’avait vu, Kaïtos avait été étonné de constater que cette femme, le chef suprême des armées en Europe, était aussi jeune que lui. Le colonel Tsih, un géant au visage d’ogre aux traits grossiers et complètement inexpressif, se tenait debout à côté d’elle. Kaya prit la parole sur un ton ferme : - Messieurs, il est tard alors soyez brefs. Après quelques instants d’hésitation, le lieutenant-colonel prit la parole, visiblement très impressionné par la jeune femme : - Général, voici le chef de la section qui se trouvait sur les lieux de l’incident survenu il y a une heure. Il s’agit du Lieutenant Kaïtos. - Parfait, répondit-elle en adressant un regard distrait vers Kaïtos. Puis elle se tourna vers le commandant, avec un sourire narquois : - Commandant, il me semble que vos sections ont été créées pour constituer les troupes d’élite de notre armée. - Affirmatif, Général, hurla-t-il d’une voix tremblante. - Est-il vrai que cette nouvelle unité a pour vocation de réunir des spécialistes formés à toutes les techniques de combat rapproché ? - Absolument, Général. - Alors, dit-elle en se levant calmement, pouvez vous m’expliquer comment un homme seul a pu casser le nez d’un de vos officiers d’élite, ici présent, et envoyer deux de ses hommes d’élite à l’hôpital, l’un avec trois côtes cassées et l’autre dans le coma suite à une fracture du crâne ? Elle avait volontairement appuyé sur le terme "élite". Le Commandant ne répondit rien, visiblement embarrassé. Kaya haussa le ton, chassant son expression de calme apparent pour laisser apparaître sa colère :
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- Vous êtes un incapable, Commandant ! L’objectif des sections Fantômes est de former de véritables machines à tuer, pas des pantins qu’un seul homme peut balayer aussi facilement. Je vous relève de vos fonctions, estimez vous heureux que je vous laisse en vie ! Elle fit alors un signe de la tête au colonel Tsih. Le géant se dirigea vers le commandant, le saisit à la gorge d’une main et le souleva d’environ quinze centimètres au dessus du sol. Il sorti de la pièce ainsi, emmenant le pauvre commandant qui se débattait pour pouvoir respirer. Kaïtos, dont le coeur s’était mis à battre la chamade, baissa les yeux pour ne pas croiser son regard empli de terreur. Kaya reprit calmement sa place dans son fauteuil et fit un signe de tête au lieutenant-colonel : - On m’a annoncé que le général Mirach allait venir à Pyxis. Faites le nécessaire pour son accueil. Le lieutenant-colonel s’inclina et sorti de la pièce, laissant la jeune femme seule avec Kaïtos. Ce dernier était pétrifié. Pris de panique, il n’osait pas imaginer quelle allait être sa sanction. Aussi, il ne compris pas tout de suite qu’elle venait de lui demander de s’asseoir. Elle répéta calmement son ordre et il s’exécuta en tremblant. - Monsieur Kaïtos. Je suis assez furieuse que vous vous soyez ridiculisé ainsi. Votre incompétence porte préjudice à l’image de l’armée du Nitaï. Toutefois, je vais vous donner une chance de vous racheter. Elle marqua une courte pause puis repris : - Si vous me retrouvez le type qui vous a fait ça et que vous me le ramenez en vie, je vous nomme à la tête des trois sections Fantômes avec le grade de capitaine. Mais attention : je le veux vivant. Considérez cette mission comme prioritaire, mobilisez tous vos hommes et utilisez tous les moyens nécessaires. Me suis-je bien fait comprendre ? Kaïtos n’en revenait pas. Non seulement il avait la vie sauve, mais en plus on lui offrait une promotion ! Il était décidé à ne pas louper une telle opportunité. Avant qu’il ne puisse répondre, Kaya mis fin à l’entretien : - Inutile de vous dire que vous n’aurez pas de seconde chance. Vous pouvez disposer.
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Shara avait été emmené dans une petite pièce basse de plafond dont les murs comportaient de nombreux renfoncements, garnis de barreaux. Le tout formait ainsi des petites cellules. L’éclairage était blafard et accentuait la sensation d’étouffement et d’oppression que donnaient les lieux.
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Shonie entra dans l’une des cellules, lui désigna un banc à côté duquel se trouvait un homme en blouse blanche et lui demanda de s’asseoir. En entrant, Shara remarqua que sa petite escorte, qui n’avait cessé de le surveiller depuis le début, restait à distance. Shonie leur fit signe de fermer la porte grillagée qui donnait accès à la pièce. Contrairement aux autres, elle ne semblait pas avoir peur de lui. Elle s’assit sur le banc, à ses côtés. La jeune fille avait les cheveux blonds mais foncés, coupés courts. Elle semblait être a peine plus âgée que Shara, peut être un an ou deux de plus, mais il lui semblait qu’elle avait le charisme et la maturité d’une personne qui avait beaucoup vécu. - Tu comprends que je suis obligée d’être prudente, pour notre sécurité à tous, lui dit-elle. Shara acquiesça. Elle poursuivit : - L’homme qui est à côté de toi est médecin. Il va examiner et soigner ta blessure. Cela ne te gêne pas ? Shara fit signe que non et tendit sa main droite vers l’homme en blouse blanche qui commença à le soigner. Shonie continuait à observer Shara : - Faïgon m’a raconté ce qui s’est passé. Je tiens d’abord à te remercier pour ce que tu as fait pour eux. Mais il y a des choses dans cette histoire que je veux éclaircir. Dis moi d’abord qui tu es et d’où tu viens !
Le jeune homme commença son récit. Il semblait calme et posé, comme si le fait de s’être fait tirer dessus et de se trouver dans une cellule avec des inconnus qui le surveillent ne le gênait pas le moindre du monde. L’état de saleté dans lequel il se trouvait donnait l’impression qu’il avait passé beaucoup de temps dans la rue. Pourtant, il avait les traits fins et un visage doux qui lui donnaient un air d’enfant malgré sa barbe de trois jours. Shonie restait méfiante. Elle continuait à l’observer, guettant le moindre geste qui pourrait le trahir. Shara lui raconta qu’il n’avait pas connu ses parents : ils l’avaient confié très jeune à un grand maître qui dirigeait une école d’arts martiaux à environ quatre jours de marche de Pyxis, dans un petit village en haut des montagnes. Le Maître s’appelait Dschubba. Il était très connu et beaucoup d’hommes venus de tous les pays lui demandaient de faire partie de ses élèves. Mais c’était un privilège que le Maître n’accordait qu’à de rares élus. Pourtant, il considérait Shara comme son propre fils et, en plus des arts martiaux, il lui enseigna tout ce qu’il y avait à savoir dans ce monde.
Le médecin interrompit le récit et s’adressa à Shonie :
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- Rien de grave : la balle l’a frôlé, mais n’est pas rentrée. Je vais juste faire quelques points de suture. Shonie perçut le petit clin d’oeil discret qu’il lui adressa : elle savait que cela signifiait qu’il n’avait rien décelé d’anormal sur Shara qui aurait pu laisser penser qu’ils avaient affaire à un cyborg. L’armée du Nitaï était très avancée technologiquement, en particulier dans la robotique. Ils étaient capables de concevoir des machines plus ou moins autonomes qui avaient des silhouettes humaines : des androïdes. Ils avaient également exploité le concept de prothèses mécaniques pour soigner leurs blessés qui étaient amputés d’un ou plusieurs membres. Ils étaient maintenant suffisamment au point pour créer des humains dont le corps était constitué à plus de quatre vingt pour cents d’organes mécaniques et électroniques, recouverts d’une peau artificielle très semblable à de la peau humaine. La contre-partie était que ces cyborgs étaient instables psychologiquement. Shonie avait lu pas mal d’articles à ce sujet, où des spécialistes expliquaient qu’un suivi psychologique était indispensable pour que ces personnes acceptent leur nouveau corps. Or l’armée du Nitaï ne faisait pas dans la dentelle. Même s’ils avaient bien compris, après plusieurs échecs, qu’il ne fallait opérer que sur des volontaires, Shonie doutait fortement que les super-soldats ainsi créés bénéficiaient d’un suivi psychologique suffisant. Plus elle observait Shara et plus elle pensait qu’il était "normal" : il restait calme et il avait même eu quelques petits rictus de douleur pendant que le médecin lui nettoyait et recousait sa plaie. Mais elle restait méfiante : le fait qu’il soit réellement blessé ne l’empêchait pas d’être un espion.
Elle incita le jeune garçon à poursuivre son récit. Il précisa que son maître lui apprit, lorsqu’il avait une dizaine d’années, que ses parents étaient morts. Mais il avait toujours refusé de lui expliquer dans quelles circonstances. Il se contenta simplement de lui expliquer qu’ils étaient tous deux de grands et nobles guerriers, qui aimaient leur fils et qui l’avaient confiés à Dschubba pour le protéger d’un grand danger. Le Maître n’était pas un homme dont on discutait les ordres. Alors Shara ne chercha jamais à en savoir plus à ce sujet. Shonie remarqua que le jeune homme avait de l’émotion dans la voix lorsqu’il prononça ses mots. Il marqua une pause, comme si le souvenir du récit lui était douloureux, puis repris. Un jour, il y a un peu moins d’une semaine, alors qu’il était parti couper du bois comme tous les matins, il entendit des cris qui provenaient du village. Il se précipita sur place mais arriva trop tard. Le village était en feu et tous les habitants avaient été massacrés. La vision était terrible. Page 17
Même les élèves de son maître, qui étaient tous de très bons combattants, avaient été terrassés. Pourtant, nulle part Shara ne vit de traces d’armes à feu. Les agresseurs avaient utilisés des armes blanches. Il avait du mal à comprendre comment les spécialistes du combat qui vivaient là n’aient pas pu se défendre face à leurs mystérieux agresseurs. Ces derniers avaient tous disparu, laissant le village dévasté derrière eux. Shara s’interrompit à nouveau. Shonie voyait bien qu’il retenait ses larmes. Il précisa alors que même son maître, lui qui semblait si invincible aux yeux de tous, n’avait eu aucune chance. Shara avait tenu son corps sans vie dans ses bras pendant des heures avant de se décider à enterrer toutes les victimes. Il y avait en tout quarante deux personnes, hommes et femmes, qu’il avait côtoyé depuis son enfance. Ils étaient tous devenus sa famille. Ensuite, Shara quitta le camp et marcha pendant quatre jours avant d’arriver à Pyxis, guidé par les lumières de la ville. Il y errait sans but lorsqu’il aperçu, au détour d’une ruelle, Faïgon et Jodie entre les mains des soldats.
Shara était profondément bouleversé par son récit. Il avait l’air honnête et Shonie sentait qu’elle pouvait lui faire confiance. Décidée à suivre son instinct, qui l’avait rarement trompé par le passé, elle allait lui accorder une chance. Abandonnant sa méfiance, elle observa à nouveau le jeune homme. Elle ne pouvait s’empêcher de constater qu’il tentait de retenir ses larmes, et elle lui trouva un air touchant. Elle lui proposa alors de lui montrer un endroit où dormir et où il pourrait se nettoyer et changer de vêtements. Puis elle fit signe aux cinq hommes, qui attendaient toujours derrière la porte, qu’ils pouvaient s’en aller.
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Kaya sortit de sa douche. Elle se sécha les cheveux, enfila un peignoir et se dirigea dans le salon. Elle jeta un coup d’oeil à l’horloge qui se trouvait accrochée au mur, au dessus de son téléviseur à écran plat : c’était le bon moment. Elle s’assit confortablement au fond de son canapé et croisa sa jambe gauche au dessus de sa jambe droite. Elle remonta son peignoir à mi cuisse et l’entrouvrit légèrement au niveau de la poitrine. Puis elle composa un numéro sur le visiophone qui se trouvait sur la table basse en face d’elle. Le visage de Mirach apparu. Il répondit de façon distraite et jeta un bref coup d’oeil à son interlocutrice. Lorsqu’il aperçut la tenue dans laquelle elle se trouvait, il eut un mouvement de recul. Page 18
Kaya souriait. Elle était satisfaite d’avoir produit son petit effet. Mais Mirach ne se laissait pas facilement impressionner. Il se reprit et répondit sur un ton volontairement exaspéré : - Qu’est-ce que tu me veux ? Kaya répondit lascivement : - Tout est prêt pour ton arrivée demain. Tu vas avoir un très bon accueil ! - Encore un comité d’accueil. Tu sais bien que j’ai horreur de ça. Et c’est pour ça que tu m’appelles ? - Non, je voulais aussi te dire qu’un type avait réglé leur compte à quelques soldats aujourd’hui. - Et alors ? - Alors on tiens peut être une piste ! répondit-elle sur un ton exagérément enthousiaste. - Très bien, tu me raconteras tout ça demain. Mirach coupa la communication. Kaya continua à fixer le terminal quelques instants puis eu un petit sourire : - tu finiras par craquer, j’en suis sûre !
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Crystal et Flamme venaient de rejoindre leur campement. Elles prirent place aux côtés d’Aquila et d’Eole qui étaient déjà assises autour du feu et avaient commencé à manger. Aquila jeta un regard interrogateur vers Crystal : - Alors, qu’est-ce qu’elle en pense ? - Elle préfère attendre... - Mais attendre quoi ? - Elle nous a encore parlé de ses légendes, répondit Flamme d’un ton dépité. - Mais moi j’y crois aux prophéties, répondit Eole, visiblement contrariée par la remarque de sa soeur. - Ce ne sont pas des prophéties qui vont nous aider si toute l’armée du Nitaï débarque ici ! s’emporta Flamme. - Ecoute, je ne sais pas quoi en penser, ajouta Crystal. Mais une chose est sûre, c’est que la Princesse a des pouvoirs qui nous dépassent. Je pense qu’on doit lui faire confiance. Elle nous dit qu’il faut attendre la venue de ce guerrier d’Orion. Peux être qu’il existe réellement. Je ne pense pas qu’elle soit du genre à croire à de simples superstitions. La Princesse Naliah ne lui aurait jamais confié notre Ordre si ce n’était pas quelqu’un de fiable, non ? - Je ne sais pas. Tu as sûrement raison. Mais Saturnia est encore jeune. Je ne doute pas de ses pouvoirs de divination, mais peut être qu’elle n’a pas assez d’expérience pour tout interpréter comme il le faut ? Page 19
Eole s’offusqua à nouveau : - Encore jeune ? mais elle a le même âge qu’Aquila et moi ! Ce n’est pas parce que tu as deux ans de plus que nous que tu dois nous prendre pour des gamines ! - Ce n’est pas ce que j’ai dit ! tempéra Flamme, ce n’est pas une question d’âge. Mais je dis simplement qu’elle n’a pas autant d’expérience que Naliah n’en avait, c’est tout ! - Mais c’est elle qui commande maintenant ! trancha Aquila. Les trois autres jeunes femmes s’interrompirent et la regardèrent avec étonnement. - Elle nous a demandé d’attendre. Nous n’avons donc pas le choix ! Reprit-elle avec un petit sourire narquois. - Qu’est-ce que tu as derrière la tête ? lui demanda Crystal, qui connaissait bien sa soeur. - Ne sommes nous pas censées continuer à chercher de nouvelles recrues ? Je vais retourner à Pyxis et peut être que je le dénicherai, ce fameux guerrier qu’elle cherche ! Les quatre jeunes femmes se mirent à rire. Mais Crystal savait que cette assurance affichée par sa soeur n’était pas qu’une de ces pitreries dont elle avait l’habitude : si elle semblait si satisfaite d’elle même, c’est qu’elle pensait réellement avoir trouvé une piste.
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Faïgon grimaça de douleur. Jodie retira le morceau de coton imbibé d’alcool qu’elle venait d’appliquer sur la plaie au dessus de son sourcil. Elle sourit : - Qu’est-ce que tu peux être douillet ! Faïgon se mit à rire. Il fut surtout rassuré de voir Jodie plaisanter car cela signifiait qu’elle s’était remise de l’expérience qu’ils venaient de vivre. C’est ce qu’il aimait le plus chez elle : elle avait l’air fragile au premier abord, et pourtant elle avait un caractère solide. C’est ce qui lui avait permis de traverser de nombreuses épreuves. Elle avait foi en la vie et voyait toujours le bon côté des choses. Elle ne doutait absolument pas que tout allait finir par s’arranger, quoiqu’il arrive. Ses parents avaient été arrêtés par le Nitaï peu avant leur rencontre. Faïgon savait qu’il y avait peu d’espoir de les retrouver, et pourtant elle ne cessait d’y croire. Elle plaisantait même souvent en lui disant que, lorsqu’il leur serait présenté, un voyou comme lui ne leur plairait pas du tout. Même s’il jouait les durs, Faïgon savait qu’il n’avait pas une force de caractère aussi grande. Perdu dans ses pensées, son regard balaya la grande pièce dans laquelle il se trouvait. C’était une grande pièce presque rectangulaire. Page 20
Jodie et lui étaient assis dans un des coins. Des grandes tables métalliques rectangulaires étaient réparties en cercles et formaient des étalages. Quelques sacs contenant de la nourriture étaient encore posés dessus. La distribution était presque terminée. Les derniers "clients" s’empressaient de prendre les quelques denrées que leurs tendaient les jeunes qui se tenaient derrière les tables. Faïgon se promit à lui même que, le lendemain, il aiderait ses camarades à trouver d’autres marchandises à distribuer. Soudain, son regard fut attiré par un individu étrange. L’homme lui tournait le dos. Il restait immobile au milieu de la pièce. Il portait un long manteau en tissu gris foncé, avec une grande capuche rabattue sur la tête. Il mesurait plus de deux mètres. Faïgon était intrigué. S’il avait déjà croisé auparavant quelqu’un d’aussi grand dans les souterrains, il l’aurait inévitablement remarqué. L’inconnu balayait la pièce du regard en tournant la tête lentement. Trop lentement pensa Faïgon. Il sentait qu’il y avait quelque chose d’anormal. Il murmura pour lui même : - Mais qu’est-ce que c’est que ce type ? Jodie se retourna vers le centre de la pièce : - Qui ça ? Le grand là ? L’homme continuait à tourner la tête, puis il tourna ses épaules en direction du jeune couple. Son visage était dissimulé sous sa capuche. Mais lorsque son regard plongea dans celui de Faïgon, ce dernier aperçut deux petits points rouges qui le fixaient. Il comprit immédiatement à quoi ils avaient affaire. Il se leva d’un bon et cria : - Planquez vous ! Il avait déjà remarqué à quel point les gens pouvaient être conditionnés en fonction des événements. Dans les endroits qui ne connaissent pas la guerre, les attentats ou les catastrophes naturelles, les habitants ne sont pas sur le qui-vive. Et lorsque survient une alerte, ils ne réagissent pas immédiatement à cette chose inhabituelle. Ils cherchent d’abord à comprendre et cette perte de temps peut leur être fatale. En revanche, dans les pays qui connaissent des situations telles que des bombardements, des explosions ou des tremblements de terre, la population est "habituée" à ce genre d’événement. Elle réagit immédiatement dès que survient l’alerte, sans se poser de questions. C’est exactement ce qu’il se passa lorsque Faïgon cria : tous les occupants de la pièce se précipitèrent vers les deux seules sorties sans même se retourner ni chercher à comprendre d’où venait le danger.
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