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Légendes Stellaires - Première partie

Par Algedi, version du 02/06/2008.
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La chose compris immédiatement qu’elle était repérée. Son bras gauche s’éleva, tendu, en direction de la sortie la plus proche de Faïgon et Jodie, sur leur gauche. Mais à la place d’une main, ce qui sortait du bout de la manche était six tubes métalliques agencés en cercle.

Avant même que le bras ne soit complètement à l’horizontale, les tubes se mirent à tourner et les coups de feu éclatèrent.

Une mitrailleuse rotative.

Faïgon analysa rapidement la situation : à cause des tirs dans cette direction, la sortie la plus proche n’était plus accessible. Pour atteindre l’autre sortie, il leur fallait longer le mur de droite et passer à découvert à côté de la chose qui était toujours au milieu de la pièce.

Là où elle peut faire le plus de dégâts pensa Faïgon.

La seule solution possible était de renverser une des grandes tables devant eux et de se cacher derrière, en priant pour que les balles ne la traversent pas.

Faïgon poussa le bord de la table avec le pied et la fit se renverser, puis il tira Jodie par le bras pour plonger avec elle juste derrière.

Il osa jeter un regard sur le côté de la table.

La chose balayait la pièce avec son arme qui faisait un vacarme assourdissant. La roche éclatait sous l’impact des balles, laissant de gros trous à la place. Les lampes à néon disposées le long des murs explosaient en répandant des bouts de verre au sol.

Le long du bras de la chose, les douilles volaient dans tous les sens. Son manteau avait glissé et on pouvait voir sa silhouette métallique dans laquelle se reflétait la lumière des quelques lampes qui restaient intactes.

Il s’agissait d’un robot, un androïde.

Faïgon avait déjà vu ces modèles auparavant. Les soldats du Nitaï les appelaient des "classe B". On les appelait aussi des "Gardiens" car ils étaient souvent utilisés pour surveiller les entrées des bâtiments.

Mais il n’en avait jamais vu un en action. Les autres étaient toujours immobiles devant une porte.

De l’endroit où Faïgon se trouvait, cette machine ressemblait à un chevalier du moyen âge en armure.

Sa tête ressemblait à un heaume : elle était ronde avec une ouverture à l’avant pour dégager ce qui devait être des yeux. On ne distinguait pas le reste du visage car une autre pièce masquait la zone de la mâchoire et du nez.

De toute façon, Faïgon ne pensait pas que cette machine soit dotée d’une bouche.

Le torse était recouvert d’un plastron sur lequel étaient posées deux pièces rondes qui recouvraient les épaules. L’avant bras droit, qui était doté de quelque chose ressemblant à une main, était également protégé par du métal, tout comme les jambes.

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Le reste du corps n’était pas couvert et on pouvait distinguer des tubes métalliques et des vérins qui bougeaient en fonction des mouvements de l’androïde.

Faïgon remarqua que tous les occupants de la pièce avaient réussi à s’enfuir sans que personne ne fut blessé. Mais en face de lui, dans le coin exactement opposé, une autre table était renversée. Il n’était pas certain que quelqu’un se trouvait derrière, mais il se rappela que c’était à cet endroit que se tenait son ami Seti juste avant l’attaque.

La machine continuait à tirer et se tournait maintenant vers leur table. Jodie tira le bras de Faïgon vers elle pour lui faire reculer la tête à l’abri. Juste à cet instant, les balles atteignirent la table dans un vacarme assourdissant, formant de grosses bosses dans le métal et provoquant des étincelles.

Jodie et Faïgon se bouchèrent les oreilles en priant pour que leur abri tienne le coup.


***


Shara venait de revêtir les vêtements qu’on lui avait donné. Il se sentait mieux maintenant qu’il avait pris une douche.

Il se trouvait dans une petite pièce carrelée au dessus de laquelle passait un gros tuyau. Celui-ci comportait des ouvertures sur le côté qui permettaient de faire couler de l’eau lorsque l’on ouvrait une vanne. L’eau était froide, mais cela ne le gênait pas, il en avait l’habitude.

Shonie l’avait conduit ici après leur petite discussion. Lorsqu’il s’était étonné de trouver une telle installation, elle lui expliqua que les souterrains avaient été creusés et aménagés par l’armée de la confédération européenne pendant la guerre.

A l’entrée de la pièce, à côté d’un rideau qui permettait d’avoir un peu d’intimité dans la douche, se trouvait un banc en pierre scellé dans le mur. Shara s’y assit et repensa aux événements de la soirée.

Il avait déjà combattu à de nombreuses reprises lorsqu’il était chez Maître Dschubba. Mais jamais face à un adversaire qui voulait sa mort. Or ce soir, un homme avait essayé de les abattre, lui et les deux jeunes qu’il avait sauvé.

Il regarda sa main droite : la blessure était assez superficielle mais quelques points de suture avaient été nécessaires. La balle l’avait frôlé en dessous du pouce, là où les mouvements de la main risquaient de rouvrir la plaie.

Tout en remettant la bande de tissu que lui avait donné le médecin, il repensa à Shonie et Faïgon.

Le souvenir de son village dévasté et la mort de son maître lui étaient encore difficiles. Il s’en voulait d’avoir manqué de pleurer devant Shonie.

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Elle avait fait preuve de compréhension envers lui. Sous ses airs autoritaires, elle avait un bon fond.

Elle et Faïgon étaient méfiants à son égard, mais ils l’avaient aidé pour le soigner. De toute façon, il était seul désormais et n’avait nulle part où aller. Il décida alors qu’il allait accepter leur invitation et rester quelques jours avec eux.

Il était encore perdu dans ses pensées lorsqu’il entendit les coups de feu.

Il se leva d’un bond, mais il ressentit une violente douleur dans sa main. Il regarda son bandage. C’était risqué d’aller se précipiter à nouveau vers le danger. Mais c’était plus fort que lui : s’il y avait des vies en jeu, il devait intervenir.

Il s’élança dans le couloir, vers la direction des détonations. Il devait se frayer un chemin entre les gens paniqués qui fuyaient dans la direction opposée.

Il avait du mal à se repérer dans ces couloirs qu’il ne connaissait pas. D’autant plus que les bruits des coups de feu se répercutaient partout ce qui rendait difficile leur localisation.

Arrivé à une bifurcation, il reconnu le couloir qui menait à la grande salle du marché. Le vacarme des détonations était plus fort dans cette direction. Il s’y précipita. Après quelques mètres, il aperçut l’entrée. Des éclats de lumière accompagnaient chaque tir et illuminaient le couloir.

Il s’approcha. Un homme en armure lui tournait le dos. Il se tenait debout, au milieu de la pièce, et tirait en direction d’une table renversée au sol avec une arme qu’il tenait dans sa main gauche.

Les impacts sur la table faisaient un bruit sourd et provoquaient des étincelles. Avec horreur, Shara vit que les balles commençaient à perforer le métal.

D’où il était, il ne savait pas s’il y avait quelqu’un caché derrière ou non.

Il allait s’élancer sur le tireur lorsqu’il aperçut Shonie qui arrivait à l’entrée opposée.

La jeune fille s’immobilisa à la vue de l’homme à la mitrailleuse. Ce dernier arrêta immédiatement ses tirs. Il sembla hésiter un instant, puis dirigea son arme vers ce nouvel arrivant.

Shara compris en un instant que Shonie n’aurait pas le temps de s’échapper. Il se jeta d’un bond sur l’homme en armure et lui asséna de toutes ses forces un coup du tranchant de la main gauche à la base du cou.

Immédiatement, il entendit un craquement sec et ressentit une immense douleur.

Il retomba sur le sol et, par réflexe, saisit sa main gauche avec sa main droite.

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Aucun doute : il venait de se casser l’auriculaire au niveau de la première phalange.

Il releva la tête vers son adversaire. Ce dernier n’avait pas bougé.

Shara ne comprenait pas. Son attaque était si violente qu’elle aurait pu briser son cou. Mais l’homme semblait être revêtu d’une armure à toute épreuve.

Il se retourna lentement vers Shara et le fixa de ses yeux rouges. Ce regard n’avait rien d’humain. Son bras gauche s’éleva vers le visage de sa nouvelle victime.

Shara, toujours assis sur le sol, compris alors qu’il avait affaire à une machine implacable faite pour tuer. Avec ses deux mains blessées, il n’allait pas lui être facile de s’enfuir.


Faïgon observait la scène depuis que le robot avait cessé de tirer.

Par chance, ni lui ni Jodie n’avaient été blessés par les balles qui avaient perforées la table. Shonie était arrivée à temps : quelques secondes de plus et ils auraient été transformés en passoire.

Puis, à son tour, Shara était arrivé à temps pour éviter à Shonie de connaître le même sort.

Et maintenant il se trouvait lui aussi en très mauvaise posture.

Il était assis au sol face au robot. Ce dernier pointait sur lui son arme qui commençait à tourner dans un bruit de cliquetis métallique. Les tirs n’allaient pas tarder à reprendre.

Faïgon n’hésita pas un instant. Il se précipita sur le câble électrique qui alimentait les néons le long du mur. Il tira de toutes ses forces en s’appuyant avec une jambe contre le mur.

Le câble céda au niveau du bloc qui contenait le tube, provoquant une étincelle. Les quelques néons qui n’avaient pas été touchés par des balles s’éteignirent instantanément et des lampes de secours, fixées au plafond, s’allumèrent.

Faïgon maintenait fermement le câble et se précipita vers le robot qui se tenait à quelques mètres de lui. Il avait repéré, à la base du dos de la machine, un endroit découvert qui devait servir à faciliter les mouvements.

Il y enfonça le câble. Il senti quelque chose qui le bloquait. Il força et parvint à l’enfoncer plus haut dans le torse de la machine.

Il y eu un éclair de lumière et un claquement sec, qui se rapprochait du bruit de la foudre lorsqu’elle touche le sol.

Faïgon fut projeté quelques mètres en arrière.

L’androïde ne bougeait pas.

Tout le monde retenait son souffle.

La mitrailleuse continuait à tourner, mais on n’entendais plus de cliquetis : elle finit par ralentir puis s’arrêter.


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Shara vit alors les deux lumières rouges dans les yeux du robot s’estomper puis s’éteindre.


Le silence régnait dans la pièce.

L’androïde trônait debout, immobile.

Soudain, un jeune homme, au fond de la pièce, leva sa tête par dessus la table derrière laquelle il s’était caché :

- C’est fini ?

Shara, qui pensait que la question lui était adressée, hocha de la tête et tenta de se relever.

Shonie, qui n’avait pas bougé depuis qu’elle était entrée dans la pièce, se précipita vers lui pour l’aider.

De son côté, Jodie s’élança vers Faïgon qui était indemne, mais sonné par la décharge qu’il avait reçu.

Inquiète, elle le secoua pour l’aider à reprendre ses esprits. Il lui sourit :

- Wahou ! Quelle châtaigne !

- Arrête de faire l’imbécile ! lui répondit-elle les larmes aux yeux, puis elle l’embrassa.

Ils se relevèrent et se dirigèrent vers Shonie et Shara.

En s’approchant du robot inerte, Jodie senti son sang se glacer. On aurait dit que cette chose allait se remettre en marche d’un instant à l’autre.

Shonie venait de relever Shara en le tenant par le bras droit.

Faïgon l’aida en saisissant son autre bras, tout en prenant soin de ne pas lui toucher la main. Cette dernière avait gonflé et était devenue bleue au niveau de l’articulation de l’auriculaire.

- Et bien, c’est un sacré coup que tu t’es pris là. En tout cas on te doit une fière chandelle. Encore une fois, tu nous a bien aidé à nous en tirer.

- Merci à toi aussi. C’est toi qui a réussi à l’arrêter. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?

- Je vais t’expliquer, répondit Shonie.

Elle se retourna vers le jeune homme qui s’était caché derrière l’autre table, et qui maintenant s’approchait d’eux :

- Seti, va vite chercher un médecin s’il te plaît. Ensuite tu demanderas à quelques gars de surveiller les entrées. Je ne veux pas qu’une autre machine entre dans les souterrains.

Le dénommé Seti acquiesça et sorti de la pièce en courant.

Faïgon entreprit un examen du robot. Jodie, quand à elle, ne put s’empêcher de reculer car elle n’était toujours pas rassurée.

Shonie emmena Shara s’asseoir sur une des tables.

Elle lui était vraiment reconnaissante d’être intervenu. Mais elle n’osait pas le lui dire, car elle était un peu honteuse de s’être mise en danger aussi bêtement.


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- Je suis inquiète, lui dit elle. C’est la première fois qu’un robot descend ici. Lorsque la confédération a capitulé, ces souterrains ont été désertés par les soldats qui s’y cachaient. Le Nitaï connaît leur existence depuis longtemps, mais ils ne se sont jamais fatigués à chercher les entrées qui sont dissimulées sous les ruines. Maintenant qu’un de leurs robot a trouvé l’entrée, je ne serais pas surprise d’en voir d’autres débarquer. Le Nitaï est très avancé technologiquement et ils disposent de plusieurs machines de ce genre.

- Parle-moi de cette armée du Nitaï. Tu penses que c’est avec des engins comme ça qu’ils ont détruits le village de mon maître ?

Shonie réfléchit.

- Non, je ne pense pas. Tu m’as bien dit qu’aucune arme a feu n’avait été utilisée ?

Shara acquiesça. Le souvenir de ces évènements le troublait beaucoup.

- Alors je ne pense pas que ce soit eux. Ils ne se séparent jamais de leurs armes. Et à mains nues, ils n’auraient pas fait le poids face à des experts du combat. La preuve, c’est que toi même tu t’es débarrassé facilement des soldats qui vous ont attaqué.

Elle hésita un instant.

- A moins que... Les chefs du Nitaï sont quand même assez forts. Mais ils se déplacent rarement personnellement.

- Les chefs ?

- Oui. Lorsqu’ils ont envahi l’Europe, l’armée du Nitaï était menée par des chefs, des généraux. On raconte qu’ils avaient de grands pouvoirs et que c’est grâce à eux que l’armée de la confédération n’a pas pu résister.

- Tu crois que ce sont eux qui ont attaqué notre camp ?

- Je ne sais pas. Mais tout cela n’est peut être qu’une rumeur inventée pour faire peur aux gens. Tout le monde sait que la confédération a surtout capitulé car le Nitaï dispose d’une arme terrible.

- Une arme terrible ?

Shara tenait peut être là les coupables de ce qui était arrivé à son maître.

- Oui, reprit Shonie. Ils possèdent la bombe à antimatière.

- Qu’est-ce que c’est ?

Shonie essaya de trouver une explication simple :

- Imagine que chaque cellule, chaque atome de ton corps possède un double, un opposé. Comme un reflet dans un miroir. Si tu rencontre ton double d’antimatière et que tu lui serres la main, vous disparaissez instantanément tous les deux en libérant une énergie plus puissante que celle d’une bombe atomique. Imagine donc s’ils lâchent une bombe de ce type : ça détruit tout ce que ça touche, en libérant une énergie qui fait encore plus de dégâts tout autour.

Shara était impressionné.

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- Ils ont déjà utilisé une telle arme ?

- Non, mais apparemment ils ont prouvé à nos scientifiques qu’ils savaient fabriquer et conserver de l’antimatière. Cela a suffi pour faire peur à tout le monde.

- En tout cas ce n’est pas ce qu’ils ont utilisé au campement sinon je crois que je ne serais plus là pour en parler.

- C’est sûr ! Ils utilisent également d’autres technologies, comme des armes laser.

- Est-ce que ça aurait pu être utilisé sans laisser des traces ?

- Non, un coup de laser provoque une grosse brûlure. Tu l’aurais tout de suite remarqué. En revanche ils ont aussi des cyborgs : des hommes avec un corps métallique. Ceux là ont une force décuplée.

Shara restait perplexe. Que ce soit l’armée du Nitaï ou non, il était bien décidé à retrouver les assassins de son maître.


***


Kaïtos observait le soleil se lever au bout des pistes de l’aéroport. L’air était encore glacial.

Il était très tôt et Kaïtos avait mal dormi. Il avait toujours en tête les évènements de la veille. Il fallait coûte que coûte qu’il retrouve ce type qui les avait battu. Mais, au lieu de cela, il était contraint de se lever à l’aube pour attendre un avion.

On lui avait fait savoir que le général Kaya avait demandé à ce qu’il supervise personnellement le dispositif de protection du général Mirach. Il ne comprenait pas du tout cette demande. Après tout, ce dispositif pour l’arrivée d’une personnalité était bien rôdé. Ses hommes étaient entraînés à cela et ils savaient exactement où se placer. Il n’était vraiment pas nécessaire qu’il soit lui même sur place.

Il se demanda s’il ne s’agissait pas d’une punition qu’on lui infligeait.

La clémence dont Kaya avait fait preuve à son égard la veille au soir était suspecte car elle avait plutôt la réputation de ne pas tolérer la moindre erreur.


Kaïtos était encore dans ses pensées quand sa radio grésilla. On lui annonçait l’arrivée de l’avion.

Il vérifia une dernière fois que ses hommes étaient postés correctement sur les points hauts. Il avait ajouté quelques androïdes gardiens à l’entrée de l’aéroport pour éviter toute intrusion. Mais il ne pensait pas que cela puisse se produire : personne n’oserait s’attaquer directement au Nitaï.

Il se rappela soudain qu’un des androïdes qu’il avait envoyé patrouiller dans les ruelles du côté de la zone industrielle avait disparu. Il avait peut être trouvé l’entrée des souterrains et sa radio ne passait pas en sous sol.

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Mais pourquoi n’était-il pas ressorti ?

Il espérait que ce n’était pas un problème de batterie, car la perte d’un androïde allait lui causer encore pas mal d’ennuis avec sa hiérarchie. Surtout si Kaya l’avait déjà à l’oeil.

Il observa l’avion se poser. Le général Mirach en sortit, accompagné par son aide de camp, le colonel Menkalinan.

Kaïtos fut surpris de constater qu’ils n’avaient pas d’escorte.

Mirach était tout de même le numéro deux de l’armée. On le présentait souvent comme le porte parole de la princesse Coronia.

C’était la première fois qu’il les voyait. Les deux hommes portaient leur uniforme d’officier. Ils étaient tous les deux bâtis comme des catcheurs, mais Mirach était celui qui était le plus impressionnant. Il était grand et ses muscles saillaient sous son uniforme, comme s’il portait des vêtements trop serrés. Son visage était dur, aux traits anguleux et il avait la mâchoire carrée. Malgré sa masse, il n’avait pas l’air pataud. Au contraire, sa démarche rapide et souple laissait transparaître une grande maîtrise de ses mouvements.

A ses côtés, Menkalinan avait l’air mince. Ce qu’il n’était pas lorsqu’on le comparait aux autres soldats qui se trouvaient en protection sur le tarmac.

Kaïtos ne put s’empêcher de constater que les deux hommes étaient plutôt jeunes, une vingtaine d’année tout au plus, même si Menkalinan semblait être le plus âgé des deux.

Une fois de plus, il ne comprenait pas comment on pouvait nommer à des postes aussi élevés des personnes aussi jeunes que lui. Mirach, tout comme Kaya, devait vraiment avoir quelque chose de spécial pour en être arrivé à un tel niveau de responsabilité à son âge.

Kaïtos vit les deux hommes traverser la piste sans même saluer les soldats qui jalonnaient leur passage.

Quelques secondes plus tard, on lui annonça par radio qu’ils venaient d’entrer dans la voiture qui les attendait à l’extérieur. Sa mission était terminée. Il allait enfin pouvoir se mettre à la recherche des deux types de la ruelle.


***


Kaya les attendait dans la voiture. Lorsque Mirach s’installa, elle lui adressa son plus beau sourire :

- Alors, tu as fait bon voyage ?

- Epargne moi les mondanités. C’est quoi ton histoire ?

Kaya compris qu’il n’était pas d’humeur à plaisanter. Elle savait qu’il venait à la demande de Coronia pour reprendre les affaires en main. Cela ne lui plaisait pas du tout car on lui retirait son commandement. Mais elle faisait comme si elle n’était pas gênée.

- Comme je te l’ai dit, un type a attaqué des soldats hier soir. C’était des Fantômes, ils étaient quatre et ils se sont quand même pris une bonne raclée.

- Ces hommes sont des incapables, grogna Mirach.


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- Arrête ! Je suis sérieuse. Ce type était doué. En plus il portait un kimono.

Mirach leva un sourcil interrogateur :

- Un kimono ?

Kaya savait que le terme kimono était souvent utilisé à mauvais escient en occident car, au Japon, il ne désigne pas une tenue de combat mais une tenue traditionnelle.

- Ne joue pas sur les mots, tu vois très bien ce que je veux dire.

Mirach acquiesça.

- Très bien, lui dit-il. Tu penses vraiment qu’il y aurait un lien avec le Kitaï et Saturnia ?

- A mon avis oui. Le type était entraîné. Et je ne pense pas que ça puisse être un hasard. J’ai déjà mis quelqu’un sur le coup.

- Quelqu’un ? A mon avis, il faut s’en occuper nous même. Tes bons à rien n’arriveraient pas à trouver un éléphant dans un couloir !

La remarque fit mouche, mais Kaya conserva son calme. D’un air langoureux, elle lui prit la main et rétorqua :

- Patience, mon chéri ! On va les trouver, ne t’inquiètes pas !

Mirach retira sèchement sa main.

- Ne m’appelle pas comme ça.


***

Shara se réveilla de bonne heure. Il n’avait pas aussi bien dormi depuis qu’il avait quitté le camp d’entraînement de son maître. Il était allongé sur un simple matelas, sous une tente. Faïgon avait tenu à lui en prêter une, inoccupée, juste à côté de la sienne.

Il ouvrit la fermeture et passa sa tête au dehors.

La pièce dans laquelle il se trouvait était assez petite et ne contenait que dix tentes. Il n’y avait encore personne à l’extérieur.

Il s’appuya les mains au sol pour se relever. C’est alors que la douleur lui rappela qu’il avait un doigt cassé.

Il se glissa hors de la tente et s’assit sur le sol. C’est à ce moment que Faïgon entra dans la pièce par l’unique entrée. Il vit tout de suite Shara et s’installa à ses côtés. Il tenait une tasse de café dans chaque main et lui en tendit une.

Shara accepta volontiers.

Faïgon parla à voix basse, ce qui indiquait que les occupants des autres tentes dormaient encore :

- Alors, bien dormi ? On a passé une sacrée soirée hier !

Shara acquiesça. Il était surpris de voir Faïgon faire allusion aux événements de la veille d’une façon aussi légère.

Ce dernier lui indiqua alors que Shonie voulait le voir. Shara accepta et les deux jeunes hommes sortirent de la pièce.

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Il marchèrent environ cinq minutes dans le dédale des couloirs et arrivèrent dans une grande pièce où plusieurs personnes se trouvaient.

Lorsque Shara entra, le silence se fit et tous les regards se tournèrent vers lui.

Shonie se précipita vers lui, suivie de trois jeunes hommes. Elle lui attrapa prestement le bras et l’invita à sortir.

Faïgon la regarda étonnée :

- Mais qu’est-ce qui te prends ?

- Il faut que je vous parle mais pas devant tout le monde, répondit la jeune fille.

Ils firent quelques mètres et s’arrêtèrent.

Shara remarqua que, parmi les trois hommes qui les suivaient, il y avait celui qui s’était caché derrière une table la veille, lors de l’attaque du robot, et que Shonie avait appelé Seti. Les deux autres avaient fait parti de son escorte de la veille.

Shonie reprit la parole :

- Shara, j’ai raconté hier soir au conseil ce qui s’était passé et ce que tu avais fait. Ils étaient encore en train d’en discuter ce matin. Beaucoup d’entre eux pensent que tu nous as sauvé la vie.

Faïgon l’interrompit :

- Mais bien sûr ! Il a risqué sa peau pour nous, et deux fois en plus !

Shonie leva une main :

- Attends ! Laisse moi finir !

Elle se retourna vers Shara :

- Le problème, c’est que quelques-uns pensent que le robot n’est pas arrivé ici par hasard. Ils pensent que l’attaque des soldats était un piège et que vous avez été suivis.

Faïgon la coupa de nouveau :

- Ca c’est pas possible ! Nous sommes passés par l’entrée quatre, la plus étroite. Il n’aurait jamais pu passer par là, il était bien trop grand !

Shonie lui adressa un regard exaspéré et reprit à l’attention de Shara :

- Mais il y a plus grave : d’autres pensent que c’est toi qui a amené cette machine avec toi et que tu es un espion.

Faïgon ne dit plus rien. Il resta bouche bée.

Shara baissa les yeux, résigné :

- Si c’est ce qu’ils croient, alors je vais repartir.

Shonie posa ses mains sur ses épaules :

- Ne dis pas ça. Moi je sais que ce n’est pas le cas. Je vais essayer de les convaincre mais je ne peux malheureusement rien te promettre.

C’est alors que le dénommé Seti prit la parole :




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- Hier soir, on a surveillé les entrées au cas où il y aurait d’autres androïdes dans les parages. J’ai vu la numéro sept : un des murs a été complètement explosé ! Je suis sûr qu’il est passé par là.

- Alors ça élimine déjà la première hypothèse, intervint Faïgon. L’entrée sept n’est pas du tout dans le même secteur que celui où nous étions. Il ne nous a pas suivi.

- Et moi je t’ai accompagné tout le temps, compléta Shonie. Je sais que tu n’avais aucun moyen d’envoyer un message à l’extérieur pour signaler ta présence. Tu ne peux pas être un espion.

Shara était touché de la confiance que lui portaient ces gens qu’il ne connaissait que depuis la veille.

Shonie le tenait toujours par les épaules et plongeait son regard dans le sien, ce qui le troublait beaucoup.

- Je vois de la sincérité dans tes yeux, dit-elle. Et je ne me trompe jamais ! Vous allez rester là et je vais les convaincre !

Au moment où la jeune fille allait retourner dans la pièce, un homme d’une cinquantaine d’années arriva précipitamment :

- Hé les jeunes ! Y’a du grabuge dehors !

Il expliqua alors à Shonie que cinq jeunes garçons étaient en train d’agresser une famille de réfugiés à la surface, pas loin d’une des entrées des souterrains.

Shonie fit signe à Faïgon :

- Vous allez voir ? Ce sont peut être des personnes qui essayaient de redescendre. Il faut les aider avant que cette bande de minables ne trouve l’entrée. Tu n’as qu’à emmener Shara avec toi !

Elle lui adressa un clin d’oeil.

Faïgon, visiblement enthousiaste, fit signe à Seti et Shara de le suivre :

- On va passer par le hangar et prendre les motos, pour éviter qu’ils nous voient sortir. Ils croiront qu’on vient de plus loin.


En chemin, Shara fit part à Faïgon de son étonnement :

- Pourquoi nous n’y allons qu’à trois ? Et l’homme qui nous a prévenu ?

- Lui ?, répondit Faïgon. Tu sais, il faut comprendre que beaucoup de gens ont peur de sortir à cause du Nitaï. Tout le monde ici a un membre de sa famille qui a été arrêté pour faire du travail forcé, ou pire encore.

- Mais vous, vous n’avez pas peur ?

- Ca c’est parce que nous on est plus malins que les soldats !

Cette remarque fit rire Seti.

Faïgon reprit :



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- Nous sommes en fait une sorte de force de sécurité ! Quand la confédération a capitulé et que les soldats du Nitaï sont arrivés, beaucoup de gens sont venus se cacher ici. Ils y ont mis en place une sorte de gouvernement : c’est le conseil des réfugiés dont t’a parlé Shonie. Leurs membres sont, pour la plupart, des anciens politiciens ou des anciens soldats de la confédération. Ils nous font confiance, on les protège en empêchant les bandes de la surface d’entrer ici et de faire des dégâts auprès des réfugiés.

- Et les soldats ?

- Ben jusqu’à maintenant, ils s’en foutaient un peu des souterrains. Et puis, ils ne viennent pas beaucoup du côté des bidonvilles et des ruines de la zone industrielle. Ils préfèrent les beaux quartiers !

Seti pris la parole à sont tour :

- C’est pour ça qu’il y a des bandes qui traînent dans le coin. La population y est livrée à elle même et la vie à la surface est dangereuse. Des gens se battent pour trouver à manger. Il y a aussi de la drogue, de la prostitution. D’ailleurs, beaucoup de bandes travaillent pour le Nitaï et font du trafic pour eux.

- Et ceux des beaux quartiers ? demanda Shara.

- La plupart des habitations sont réquisitionnées par les soldats, répondit Faïgon. Quant aux autres habitants, ils sont revenus après la guerre, lorsque le Nitaï a commencé à reconstruire la ville. Mais ce sont surtout des gens aisés qui collaborent avec l’occupant, et dont les enfants se sont enrôlés dans l’armée.

- Et les moins riches qui vivent dans les autres quartiers sont des employés de sociétés qui appartiennent aussi au Nitaï. Reprit Seti.

- Ouais, ceux là ne sont pas très bien payés d’ailleurs. Ils ont à peine de quoi acheter à manger. Le Nitaï contrôle tout, même les prix.

- Mais alors d’où vient la nourriture que vous distribuiez hier soir ? s’interrogea Shara.

- Et ben, on la vole ! Répondit Faïgon. On n’a pas le choix. Même si on a aussi des contacts avec certains agriculteurs, un peu plus loin de la ville. Ils risquent leur peau en cachant une partie de leur récolte pour nous au lieu de la donner aux soldats.


Les trois jeunes hommes arrivèrent à l’entrée d’un tunnel qui montait vers la surface. Des escaliers étaient gravés dans la pierre. Contrairement au passage que Shara avait emprunté la veille pour descendre dans les souterrains, ce tunnel-ci était assez haut pour qu’ils se tiennent debout. Il était éclairé par de petites lampes disséminées sur les parois.

Après quelques mètres, une trappe en fonte bouchait le passage au dessus d’eux.


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Faïgon la poussa pour la soulever et ils débouchèrent dans un grand hangar.

Les murs étaient recouvert de ciment gris. Le plafond était en tôles ondulées dans lesquelles étaient percées des lucarnes. Des rayons de lumière filtraient au travers. La grande majorité d’entre elles était cassée.

Des pièces mécaniques en tout genre et des caisses en fer étaient posées en désordre le long des murs.

L’air était frais, même si on sentait un peu de chaleur qui provenait de l’extérieur.

- On utilise ce hangar comme atelier, expliqua Faïgon.

Il se dirigea vers un coin de la pièce, dans lequel se trouvaient plusieurs bâches. Il en souleva une et dévoila une moto.

Shara s’approcha. Bien qu’il n’avait jamais vu de véhicule à moteur lorsqu’il était au camp de son maître, ce dernier lui avait montré des photographies de toutes sortes d’engins. C’est pourquoi il ne fut pas surpris de croiser à Pyxis des voitures, des camions ou des motos.

Mais il n’en n’avait pas encore vu d’aussi près.

L’engin avait une selle noire. Le moteur et le pot d’échappement étaient chromés. Tout comme le réservoir, le carénage à l’avant était de couleur bleue. Il était léger avec des bords anguleux. Sur le côté, on pouvait y voir des lettres à moitié effacées. Il y avait quelques éclats de peinture qui laissaient supposer que l’engin avait chuté à plusieurs reprises. La vitre à l’avant était fendue.

Faïgon semblait fier de la montrer à Shara :

- C’est une six cent cinquante mais je l’ai gonflé un peu ! J’ai aussi surélevé un peu les suspensions que j’ai renforcé, et je l’ai allégée. Une vraie petite bombe !

Seti souleva une autre bâche et laissa apparaître à son tour une moto. Celle-ci était noire et plus haute que celle de Faïgon. Elle n’avait presque pas de carénage et laissait apparaître une grille proéminente à l’avant du moteur. Ses roues étaient fines avec des pneus sculptés.

Faïgon sorti une clé de sa poche et alla ouvrir le cadenas qui fermait un rideau de fer. Lorsqu’il le souleva, tous furent éblouis par la lumière du soleil qui s’engouffra violemment dans la pièce.

La journée promettait d’être chaude et ensoleillée.

Ils sortirent les motos. Après avoir refermé le hangar, Faïgon sauta sur son engin.

- Monte derrière ! dit-il à Shara. Dès que ce dernier fut installé, les moteurs vrombirent et les deux motos filèrent dans les ruelles entre les bâtiments abandonnés.




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L’entrée qu’on leur avait signalé était située dans les décombres d’une petite maison, adossée à un grand bâtiment. Il devait s’agir d’un petit poste de garde pour les veilleurs à l’époque où les usines fonctionnaient encore.

Lorsqu’il arrivèrent aux abords, Shara constata que seule la base des murs de la maison était intacte. L’ensemble ressemblait à un muret de briques formant un carré pas plus haut qu’un mètre par endroits. Il entrèrent par une ouverture qui marquait l’emplacement de la porte d’autrefois.

Le soleil n’était pas encore très haut dans le ciel et pourtant ses rayons commençaient à bien chauffer l’atmosphère. La petite place était située plein sud et aucune ombre ne permettait de s’abriter.

Le sol était jonché de briques cassées et de planches de bois. Shara pensa que la fameuse entrée secrète des souterrains devait être dissimulée quelque part en dessous.

Dans l’enceinte, cinq jeunes garçons faisaient face à un homme et une femme adossés contre le grand bâtiment. Le couple avait environ une trentaine d’année et ils tenaient chacun un enfant dans les bras. Ils étaient complètement apeurés devant leurs agresseurs.

Les cinq jeunes avaient fait volte-face en entendant les motos arriver.

Après avoir tranquillement posé leurs véhicules sur leurs béquilles, Faïgon, Seti et Shara avancèrent vers le petit groupe.

Les cinq garçons qui se tenaient devant eux avaient entre seize et dix-huit ans tout au plus. Ils portaient tous un blouson gris et un bandeau de tissu rouge sur le front. Le plus grand d’entre eux avait le crâne rasé. Il était mince par rapport à sa taille.

Un deuxième garçon, qui était moins grand que le premier, était assez costaud. Shara avait appris à repérer d’un coup d’oeil ceux qui pourraient se révéler être des adversaires dangereux. Celui là en faisait partie.

Les trois autres n’avaient rien de particulier. Ils semblaient être plus jeunes que les deux premiers.

Ils avaient tous les cinq un air arrogant. Sûrs d’eux, ils toisaient les autres du regard.

Celui au crâne rasé pris la parole en premier. Il semblait être le chef.

- C’est quoi votre problème ? Dégagez de là !

- C’est à vous de dégager d’ici, répondit Faïgon, sur un ton aussi arrogant et directif. C’est notre territoire, et ces gens sont nos amis. Il désigna la petite famille, toujours acculée contre le mur du fond.

Le "crâne-rasé" ne fut pas impressionné :

- Personne ne me parle comme ça, minable !

Il fit mine d’avancer vers Faïgon. Ce dernier en fit de même et les deux jeunes hommes se trouvèrent nez à nez. Ils se fixèrent un instant.


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***


Kaïtos était assis sur le siège passager pendant qu’un de ses hommes conduisait leur véhicule de patrouille. Il regardait le paysage défiler par la fenêtre. Ils patrouillaient dans les ruelles des bidonvilles depuis que sa mission à l’aéroport était terminée. Il espérait vraiment trouver une piste. Il fallait qu’il se rachète et prouve à Kaya de quoi il était capable.

Il avait mis tous ses hommes en alerte, et avait requis également des simples soldats qui n’appartenaient pas aux sections Fantômes, au cas où il aurait besoin de barrages.

Sa radio grésilla et un de ses androïdes s’annonça.

- J’écoute, répondit-il négligemment.

Le robot était posté en haut d’une ancienne usine de la zone industrielle. Il signalait qu’une bande qui travaillait pour eux avait des ennuis.

Kaïtos soupira. Il avait autre chose à faire que de s’occuper d’une bande de gamins. Il devait encore s’agir d’une petite bagarre pour s’approprier un territoire. Comme, en principe, ces gamins participaient tous a des trafics pour le compte du Nitaï, une intervention de soldats suffirait à les calmer.

Par acquis de conscience, il demanda à l’androïde de lui envoyer une image vidéo sur l’écran embarqué du véhicule.

Kaïtos reconnu le foulard rouge que portaient les jeunes. C’était bien l’une des bandes qu’il connaissait.

Puis il vit ceux qui étaient en face. D’un bond, il s’approcha de l’écran et demanda au robot d’agrandir l’image.

Il était stupéfait : c’était bien le jeune arrogant qu’il avait tabassé la veille ! Et derrière lui, celui qu’il recherchait. Enfin, il les avait trouvé ! Ce devait être son jour de chance. Il était bien décidé à en profiter.

Il saisit sa radio :

- A tous les Fantômes, ici Alpha. Cibles repérées. L’unité A-cent-vingt-huit va vous envoyer les coordonnées. Allez-y immédiatement, sans aucune sirène.

Il ne voulait pas que les "cibles" les entendent arriver.

Ses unités accusèrent réception. Son chauffeur, sans que Kaïtos n’eut besoin de lui dire, accéléra et se dirigea vers les coordonnées indiquées à l’écran.

- A-cent-vingt-huit, reprit le jeune lieutenant, tu me marques celui qui est devant en cible secondaire, et celui qui est derrière, avec les cheveux longs, en cible principale. L’autre est sans intérêt.


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Kaïtos savait à présent que ses hommes n’allaient plus lâcher les deux proies. Il sentait l’adrénaline affluer dans son sang. Son véhicule se faufilait à toute allure dans les ruelles, les gyrophares allumés.

Une dernière fois, il reprit la radio et appela le sergent qui faisait la liaison avec les autres unités en renfort. Il fallait qu’ils se tiennent prêts à intervenir, au cas où les "cibles" tenteraient de prendre la fuite.

Kaïtos savait que son dispositif était parfait : ils n’auraient aucune chance de lui échapper.


***


Faïgon et le type au crâne rasé se faisaient toujours face.

Seti appela le couple et les invita à sortir.

La petite famille ne demanda pas son reste et se précipita vers la sortie. Aucun des jeunes ne bougea.

"Crâne-rasé" reprit la parole :

- Vous voulez jouer les héros, c’est ça ?

- Et toi tu veux jouer les durs en t’en prenant à plus faibles que toi ? répondit Faïgon du tac au tac.

Soudain, sans prévenir, l’autre lui envoya un coup de tête en plein sur le nez. Faïgon ne put esquiver. Il recula en se tenant le visage entre les mains.

"Crâne-rasé" lui asséna alors une série de violents coups de poings tout en avançant. Il y mettait toutes ses forces. Faïgon se protégea derrière ses bras repliés devant lui. Devant la violence des coups, il recula et mis un genou à terre.

Shara voulu intervenir mais Seti lui barra le passage de la main :

- Attends, laisse-le se débrouiller un peu. Il en a vu d’autres !

"Crâne-rasé" s’arrêta de frapper, à bout de souffle après l’effort violent qu’il venait de faire. Il semblait satisfait de lui et arborait un sourire de vainqueur.

Il regarda alors en direction de Shara et Seti :

- Personne ne peut me battre ! Alors cassez vous si vous ne voulez pas vous faire démolir, dit-il en les pointant du doigt.

Soudain, Faïgon, toujours agenouillé tête baissée, se mit à rire.

Il se releva et essuya le sang qui coulait de son nez avec le dos de la main. Il toisa son adversaire.

- C’est tout ce que tu peux faire ?

L’autre ne souriait plus. Il avait même un regard inquiet.

Sans même lui laisser le temps de répondre, Faïgon se précipita sur lui et lui envoya un violent coup de pied dans l’abdomen.



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Le jeune garçon se plia en deux dans un souffle étouffé. Profitant du mouvement, Faïgon lui saisit la tête entre les mains et y balança son genoux.

Emporté par l’élan, son adversaire bascula en arrière en hurlant de douleur. Par réflexe, il porta ses mains à son visage.

Faïgon se mit alors, à son tour, à lui asséner une série de violents coups de poings dans le visage. Il alternait les coups à droite et à gauche. La tête rasée de son adversaire ballottait d’un côté à l’autre. Le garçon perdit l’équilibre et tomba au sol sur les fesses.

Faïgon arma son poing droit. Il recula d’un pas. Dans un cri, il fit un bond en l’air et laissa violemment retomber son poing sur le visage de son adversaire. Ce dernier s’effondra au sol en se tenant la tête.

Tout avait été très vite. Les autres garçon de la bande de "crâne-rasé" n’avaient pas eu le temps d’intervenir. D’eux d’entre eux se précipitèrent pour porter secours à leur chef.

A côté d’eux, celui qui avait une forte corpulence s’avança et, dans un élan, tenta d’envoyer son poing sur le visage de Faïgon. Ce dernier arrêta l’attaque à l’aide de son bras. Mais, dans le même temps, le cinquième larron se précipita dans son dos et lui porta un coup sur la nuque.

Faïgon fut projeté en avant et son agresseur le saisit à l’arrière par le col.

Seti, pour porter secours à son ami, se jeta sur le garçon de tout son poids. Comme l’agresseur tenait toujours fermement le col de Faïgon, ils tombèrent tous les trois, emportés par l’élan.

A terre, Seti agrippait toujours son adversaire. Il lui assena des coups de poings au visage. Le garçon lâcha le col de Faïgon qui tenta de se relever.

Le type costaud, qui était toujours debout face à eux, lui envoya alors un coup de pied au ventre. Faïgon retomba en se roulant en boule, les bras croisés contre son abdomen. L’autre continua à le frapper avec ses pieds.


Shara observait la scène, stupéfait. Les jeunes qui se battaient devant lui n’avaient aucune technique. Mais ils se tapaient dessus avec une hargne d’une rare violence. Il avait été élevé dans des principes de respect de l’adversaire. C’est pourquoi il était surpris de voir, dans un combat, une telle volonté de faire du mal.

Voyant Faïgon en mauvaise posture, il décida alors d’intervenir.

Il s’avança vers le type costaud qui continuait à frapper. Voulant l’affronter de face, il l’interpella :

- Hé ! Toi !



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Le garçon tourna la tête dans la direction de Shara et, dans le même mouvement, lança son poing droit vers son visage en y mettant tout son poids.

D’un geste fulgurant, Shara appliqua une petite tape de la main gauche sur le poing de son adversaire, ce qui le dévia sur la droite. L’assaillant, surpris de voir sa main passer à côté de la cible qu’il visait, fut emporté en avant par son propre élan. Dans le même temps, Shara s’avança en projetant son bras droit tendu au niveau du menton.

Le choc fut terrible. La tête de son adversaire fut violemment projetée en arrière et il s’effondra au sol dans un bruit sourd.


Le combat était fini. Tout le monde était abasourdi par ce qu’il venait de se passer.

Tout avait été très vite et Faïgon n’avait pas bien vu. Mais ce qu’il avait surtout remarqué, c’est que celui qui s’était jeté sur Shara s’était retrouvé au sol en un seul coup.

Il avait déjà vu de nombreux combats de rue. Certaines personnes pouvaient terrasser leurs adversaires en cinq ou quatre coups minimum. Mais jamais de sa vie il n’avait vu quelqu’un vaincre un attaquant d’une telle corpulence en un seul coup.

Les quatre autres garçons, dont leur chef "crâne-rasé", encore un peu sonné, se précipitèrent vers leur camarade toujours au sol.

Faïgon et Seti rejoignirent Shara.

- Et ben dis donc ! Chapeau mon pote ! S’exclama Faïgon.

- Ouais, tu es impressionnant ! Renchérit Seti, qui lui adressa une petite tape amicale sur l’épaule.

- Ta main, ça va ? S’inquiéta Faïgon, qui se rappelait que son nouvel ami s’était brisé une phalange la veille.

Le jeune homme hocha la tête :

- Oui, ça va. Je ne l’ai presque pas utilisé. J’ai frappé de la main droite. Et toi ?

Après les coups qu’il avait pris, Faïgon avait le nez qui saignait encore, ses joues étaient rouges et gonflées et il gardait une main posée sur son ventre.

- T’inquiètes. Ca ira ! se contenta t-il de répondre.

Il se tourna alors vers les cinq jeunes :

- On ne veut plus vous revoir traîner ici, c’est clair ?

Sa phrase à peine terminée, un grand bruit de ferrailles qui s’écrasent au sol les fit tous sursauter.

Derrière eux, au pied du mur du grand bâtiment, gisaient les restes d’un robot.


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- Merde, il est tombé de là haut ! s’exclama Seti en désignant du menton le toit du bâtiment.

Faïgon fit volte face :

- Putain, il nous surveillait ! On est grillés les mecs, faut dégager de là vite fait.

Il se précipita vers sa moto, suivi de Seti et Shara qui ne posèrent pas de question.

Personne ne remarqua la jeune fille blonde qui se tenait sur le toit du bâtiment et qui avait précipité le robot dans le vide.


***


Kaïtos se cramponnait alors que son véhicule prenait un virage serré. Il ne quittait pas l’écran des yeux.

Il venait de voir le type aux cheveux longs faire tomber d’un coup son adversaire. Il se rappela l’attaque de la veille. Ce mec n’allait pas être facile à attraper, il lui faudrait être prudent.

Soudain, l’image bascula et Kaïtos vit arriver le sol très vite. Puis l’écran n’affichait plus que de la neige.

- Merde, hurla-t-il. Ce con de robot s’est pété la gueule ! Mais c’est pas possible !

Il tapa l’écran d’un coup de poing rageur, puis empoigna sa radio :

- Cibles en mouvement, cibles en mouvement. Magnez vous de les intercepter.


***


Les deux motos venaient juste de sortir des restes du bâtiment lorsqu’une voiture de l’armée arriva sur leur droite. Seti bifurqua dans la direction opposée en dérapant, immédiatement suivi de la moto de Faïgon.

Ils avaient à peine parcouru quelques mètres qu’un autre véhicule arriva en face d’eux à vive allure.

La rue était étroite. Le chauffeur tenta de stopper les motos en faisant une embardée. Seti parvint à passer de justesse. Le véhicule percuta le mur et se retrouva bloqué.

Faïgon, qui arrivait juste derrière, profita de l’aubaine et passa le long du mur opposé, derrière la voiture, avant que celle-ci ne recule.

En face d’eux, un troisième véhicule s’arrêta au bout de la rue, bloquant le passage. Seti repéra une ruelle sur sa droite et s’y engagea.

Faïgon pensa qu’ils auraient plus de chance en se séparant. Il connaissait bien le coin et savait qu’un peu plus loin, sur la gauche, un petit escalier lui permettrait de s’échapper vers les bidonvilles.

- Accroche-toi, hurla-t-il à l’attention de Shara.

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Ce dernier enserrait la taille de Faïgon. Il tenait son poignet dans sa main droite afin d’éviter de trop souffrir. Il resserra sa prise.

La moto accéléra en direction du véhicule qui leur faisait obstacle.

Les deux soldats qui étaient à bord venaient de sortir et brandissaient leurs armes.

Faïgon repéra l’escalier. Il donna un coup frein. La roue arrière glissa. Il amplifia le mouvement en poussant le sol avec son pied et ils se retrouvèrent face à l’escalier.

Shara était secoué, mais il tenait bon.

Leur moto s’avança dans l’escalier qui ne comportait que sept marches.

La descente fut brutale. Malgré les secousses, le pilote tenait bon et parvint à garder l’équilibre de son engin.


Kaïtos suivait la poursuite par radio.

Ses hommes lui annonçaient que les deux motos s’étaient séparées.

Heureusement, les deux garçons qui l’intéressaient étaient montés à deux sur le même engin.

Ils avaient quitté la zone industrielle et se dirigeaient à présent vers les bidonvilles dans le nord de la ville.

Le jeune lieutenant fulminait : si l’androïde n’était pas tombé du toit, il aurait pu les interpeller avant même qu’ils ne reprennent leurs motos.

- Prends à droite, dit-il à son chauffeur. On va essayer de les coincer en contournant par le canal.

Puis il saisit la radio :

- A tous les Fantômes : n’oubliez pas que nous devons capturer les cibles vivantes.

Il ne voulait pas avoir à s’expliquer avec Kaya si un de ses hommes ouvrait le feu.

- Echo, reprit-il. Je veux toutes les équipes en renfort sur le coup. Y compris l’hélico.

Kaïtos savait qu’il jouait gros sur ce coup. Kaya avait été claire avec lui : il n’aurait pas de seconde chance. Il ne pouvait pas se permettre de les laisser disparaître à nouveau.


Faïgon arrivait dans une rue piétonne. Il roulait aussi vite qu’il le pouvait. Mais à cette heure de la matinée, la rue était pleine de monde. Devant lui, des hommes, des femmes, des enfants déambulaient tranquillement.

Il tentait d’éviter les passants en zigzaguant. Ces derniers s’écartaient en l’insultant. La moto freinait, tournait d’un côté, accélérait, tournait de l’autre côté, freinait à nouveau.


suite...

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