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Légendes Stellaires - Première partie
Par Algedi, version du
02/06/2008.
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Derrière eux, ils entendaient des sirènes. Deux véhicules de l’armée s’étaient engagés à leur suite et roulaient à vive allure. Faïgon évita de justesse une vielle dame. Il redressa sa moto lorsqu’un homme surgit devant lui. Il donna un coup de frein et braqua son guidon sur la gauche. La moto glissa tout droit. Faïgon lâcha le frein en donnant un coup d’accélérateur. Sa roue arrière reprit de l’adhérence et la moto fit un bond sur le côté, en frôlant l’homme qui ne bougea pas. Shara se cramponnait comme il le pouvait. A chaque secousse de la moto, il ressentait une violente douleur dans sa main blessée. Faïgon avait repris le contrôle de la moto et filait à nouveau dans la rue. Dans sa poitrine, son coeur battait la chamade. Après avoir esquivé une caisse en carton posée au sol, il aperçut ses poursuivants dans ses rétroviseurs. Les deux véhicules fonçaient tout droit. Des gens sautaient sur le côté en criant pour éviter de se faire renverser. Qu’elle bande d’enfoirés, pensa-t-il. Ils vont finir par tuer quelqu’un. Il s’engagea dans une autre rue qui débouchait sur une artère ouverte à la circulation. Faïgon accéléra et se faufila dans le trafic dense à cette heure de la journée. Il savait que sa moto était moins puissante que les voitures du Nitaï. Mais il pouvait prendre de l’avance en passant entre les files d’automobiles qui gênaient ses poursuivants. Trois autres véhicules de l’armée avaient rejoints les deux premiers, toutes sirènes hurlantes. Ils n’hésitaient pas à tamponner les autres usagers qui ne s’écartaient pas assez vite devant eux. Les deux jeunes hommes arrivèrent à un premier carrefour où le feu venait de passer au rouge. Leur moto passa à vive allure sans s’arrêter. Faïgon savait qu’il avait juste le temps de traverser avant que les autres véhicules ne s’engagent dans le carrefour. Leurs poursuivants n’eurent aucune hésitation et passèrent également. Les autres usagers qui venaient de s’avancer au milieu du croisement durent s’arrêter au dernier moment. Faïgon constata qu’il n’y avait à présent plus aucun véhicule devant eux. Il entendait les sirènes derrière lui qui se rapprochaient. Sa moto roulait à fond, aucun moyen d’aller plus vite. Un nouveau carrefour se dressait au bout de la rue. Le feu était rouge également. Faïgon joua le tout pour le tout : le coeur serré, il s’engagea sans ralentir. Il ne pouvait pas se permettre de perdre du terrain. Soudain, un camion surgit sur leur droite. Page 42
Ce dernier bloqua ses freins mais il était emporté par son élan. Par réflexe, Faïgon fit un écart sur la gauche. La moto passa de justesse mais l’arrière fut percuté par la calandre du camion. Ils furent violemment projetés sur le côté, sortirent de la route et enjambèrent le talus d’herbe qui la bordait. La moto fit un bond qui éjecta les deux jeunes hommes.
Sur le carrefour, le camion stoppa en plein milieu du croisement. Le véhicule du Nitaï qui était en tête de la poursuite ne put s’arrêter à temps. Il s’encastra violemment sous la remorque dans un bruit assourdissant. Dans le même temps, un autre conducteur qui suivait le poids-lourd fut surpris par son arrêt brutal. Il le percuta par l’arrière. L’intersection était complètement bloquée. Les autres voitures de l’armée s’arrêtèrent et les soldats descendirent constater les dégâts.
Shara et Faïgon dévalèrent la pente herbeuse qui descendait vers le canal et leur chute fut brutalement interrompue sur le chemin de halage. A côté d’eux, leur moto glissa et stoppa dans les graviers. Par chance, elle ne tomba pas dans l’eau. Shara se releva le premier. La douleur dans sa main était atroce. Il n’avait pu éviter qu’elle touche le sol pendant leur chute. Il regarda Faïgon qui était étendu au sol à ses côtés. Ce dernier était encore étourdi. Il regardait le ciel en reprenant ses esprits. Il avait encore le souffle court. Le bruit des sirènes au dessus d’eux, sur la route, le fit revenir à lui. Il se releva d’un bond et se précipita sur sa moto. Le carénage était fendu et complètement rayé sur le côté qui avait glissé sur les graviers. Mais le guidon n’était pas faussé et le moteur tournait encore au ralenti. Shara le rejoint : - Pas de casse ? - Non, ça va, répondit-il en tournant la manette des gaz pour vérifier que l’engin fonctionnait encore. A cet instant, un soldat apparut en haut du talus. Il repéra tout de suite les fugitifs et cria : - Ils sont là ! Sans hésiter, les deux jeunes hommes reprirent leurs places et la moto parti en fonçant le long du canal.
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Le véhicule de Kaïtos se faufilait rapidement entre les voitures. Le lieutenant avait confiance en son chauffeur : il était le meilleur pilote de toute la section. C’est pour cette raison qu’il avait ordonné qu’il soit son chauffeur personnel. Il écoutait toujours la poursuite à la radio. Sur l’écran de son ordinateur de bord, il avait la position de chacun de ses véhicules sur une carte. Il pouvait voir ceux qui poursuivaient la moto, ainsi que ceux qui se plaçaient en barrage à plusieurs intersections. L’annonce de l’accident contre le camion le mis hors de lui. Il ne pris même pas la peine de se renseigner si les occupants du véhicule accidenté étaient indemnes ou non. Il donna des ordres par radio pour que tous les équipages du dispositif se rendent à l’endroit où la moto avait disparue. Soudain, l’un des hommes annonça qu’il les avait repérés le long du canal. - Parfait, reprit-il à la radio. Ils ne pourront pas aller loin. Il sentait l’excitation remonter en lui. - Que tous les véhicules se rendent immédiatement sur le pont de la douzième avenue.
Faïgon roulait aussi vite qu’il le pouvait. La tâche était rendue difficile par les graviers qui recouvraient l’étroit chemin. Il sentait de temps en temps la roue arrière déraper. Il maintenait fermement le guidon. Le moindre écart les précipiterait dans l’eau du canal. Il entendait toujours les sirènes au dessus de lui, mais il savait que ses poursuivants étaient gênés par la circulation. Cela lui permettait d’avoir une petite avance sur eux. Ils aperçurent un pont au loin, devant eux. A ses pieds, le chemin s’arrêtait brusquement. Sur la gauche, seul un escalier permettait de rejoindre la route au dessus. Faïgon ralentit. Il n’y avait aucun moyen de remonter directement sur le talus car la pente était trop ardue. Il stoppa la moto et se retourna vers Shara : - Bon, il n’y a pas d’autre moyen. Accroche toi ! - Mais tu ne vas pas... Shara n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Faïgon démarra brusquement. Sur le coup de l’accélération, la roue avant de la moto décolla du sol. Shara eut juste le temps de s’agripper fermement. La moto se dirigea vers l’escalier et commença à monter. Faïgon, les muscles tendus sur le guidon, jouait avec l’accélérateur pour se donner de l’élan à chaque marche. Page 44
Les deux jeunes hommes étaient secoués dans tous les sens. La moto penchait dangereusement vers l’arrière sous leur poids. La base du pot d’échappement, sous l’engin, raclait contre chaque marche en les déséquilibrant encore plus. Shara essayait de se pencher au maximum sur Faïgon pour éviter de basculer en arrière. Enfin, un dernier coup d’accélérateur et ils arrivèrent au sommet.
Le véhicule de Kaïtos venait de s’engager sur le pont de la douzième avenue. En face de lui, à l’autre extrémité, il aperçut deux véhicules de l’armée qui arrivaient. Il allait reprendre sa radio pour demander si quelqu’un savait où se trouvaient les fugitifs lorsque, subitement, la moto apparut sur la gauche. Kaïtos hurla à son chauffeur : - Ils sont là ! Fonce, fonce ! Son excitation était au maximum, comme un prédateur qui s’apprête à fondre sur sa proie. Le pilote de la moto aperçut le véhicule qui se ruait vers lui. Il fit un dérapage et pris la fuite dans l’autre direction. Kaïtos compris qu’ils allaient tenter de passer entre les deux véhicules d’en face. - Arrêtez les ! cria-t-il dans sa radio. Devant lui, le véhicule qui se trouvait sur sa gauche réagit immédiatement et fit une embardée à droite afin d’empêcher la moto de passer. Mais le chauffeur de l’autre véhicule ne compris pas la manoeuvre. Croyant que son camarade allait le percuter, il fit à son tour une embardée pour l’éviter et percuta la rambarde du pont. Sous le choc, la barrière métallique se plia et céda. Une partie tomba au sol et fit office de tremplin pour la voiture qui continuait à glisser dessus. Les deux roues du véhicule s’élevèrent et décollèrent, emportées par l’élan. La voiture suivit le mouvement et fit un tonneau dans les airs. Kaïtos, stupéfait, vit la moto passer juste en dessous, avant que le véhicule ne s’écrase à l’envers sur le sol. Sa voiture eut tout juste le temps de stopper pour éviter l’accident. Les fugitifs parvinrent à l’extrémité du pont et s’engagèrent en contre-sens sur une bretelle de l’autoroute.
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Faïgon restait concentré sur la route. Il avait l'impression que son coeur allait sortir de sa poitrine tellement il battait vite. Ses mains tremblaient. Ils venaient encore une fois d'échapper de justesse à une collision. Ca devait être son jour de chance. Ou bien il avait un bon ange gardien. Il remonta la bretelle en roulant sur la bande d'arrêt d'urgence pour éviter les véhicules qui prenaient la sortie. Shara ne quittait pas des yeux le pont. Il n'en revenait toujours pas. Il avait l'impression que son coeur s'était arrêté et que tout s'était passé au ralenti. Lorsque la voiture était partie en tonneau, il était persuadé qu'elle allait leur retomber dessus. Elle était à présent sur le toit. Plusieurs véhicules de l'armée étaient arrêtés derrière. Aucun d'entre eux n'avait pu les suivre sur la bretelle d'autoroute puisque l'accident avait bloqué complètement la circulation. Arrivée sur l'autoroute, la moto fit demi tour pour s'engager dans la bonne direction et fila vers le sud.
Ils roulaient déjà depuis plusieurs minutes lorsqu'ils entendirent un hélicoptère s'approcher au dessus d'eux. Faïgon compris qu'il ne pourrait pas lui échapper s'il restait sur l'autoroute. Il pris la première sortie qui indiquait "Centre Commercial" et arriva sur le parking. Sans hésiter, il se dirigea vers l'entrée et pénétra à l'intérieur. Arrivé dans le hall, il stoppa la moto. - Ici, il ne pourra pas nous voir. Mais le pilote a déjà dû avertir les autres soldats. - Je pense qu'il faut qu'on se sépare, répondit Shara. Je te gêne à l'arrière. - Mais comment vas-tu faire pour leur échapper ? - Ne t'inquiètes pas pour moi. Je finirais bien par trouver un moyen de me cacher. - Tu retrouveras l'entrée des souterrains ? - Non, mais quand il ne me chercheront plus, je repasserai dans le coin. Vous allez vite me repérer ! Faïgon acquiesça. Après tout, Shara était suffisamment fort, il l'avait largement prouvé. - En tout cas, je suis bien content d'avoir fait ta connaissance. Et j'espère qu'on va vite se revoir. Shara n'eut pas le temps de lui répondre : quatre soldats descendaient en courant de l'escalier mécanique qui se trouvait sur leur droite. Page 46
Sans hésiter, Faïgon démarra sa moto et fonça droit dans leur direction. Les soldats, surpris, plongèrent sur les côtés. Faïgon monta sur le tapis roulant et se dirigea vers l'étage. Shara profita de la diversion pour s'enfuir en direction du supermarché. Mais quatre autres soldats se précipitaient en face de lui. Il n'eut pas d'autre choix : il entra dans le magasin.
***
Kaïtos avait repris la route. L'hélicoptère avait annoncé que la moto était repérée sur l'autoroute. Il regardait son écran pour savoir comment il devait réorganiser ses équipages. Soudain, on lui annonça que les fugitifs s'étaient réfugiés dans le centre commercial. Parfait ! Il allait enfin pouvoir les coincer. Il demanda à l'homme qui faisait la liaison de prendre contact avec les soldats qui patrouillaient dans le centre. Il fallait qu'ils bloquent toutes les issues. Puis il ordonna à tous ses équipages de s'y rendre immédiatement. Une fois de plus, il n'eut pas besoin de demander à son chauffeur : ce dernier bifurqua dans la bonne direction et appuya à fond sur l'accélérateur. Après quelques minutes, son homme de liaison reprit le contact radio : - Fantôme Alpha d'Echo. La patrouille les a repéré. Ils se sont séparés. La moto vient de ressortir sur le parking de l'étage. La cible numéro un et resté à l'intérieur et se cache dans le supermarché. Kaïtos réfléchit quelques instants. Il savait que Kaya ne s'intéressait qu'à celui qui avait les cheveux longs. Mais il avait un compte personnel à régler également avec le pilote de la moto. Il ne pouvait pas perdre les deux. Il ordonna à l'hélicoptère de poursuivre la moto et envoya quatre véhicules à sa poursuite. Puis il appela un autre de ses véhicules : - C-vingt-deux, tiens toi prêt. Je vais bientôt avoir besoin de toi.
***
Faïgon était ressorti par le parking supérieur et s'était engagé sur la rampe pour sortir. A présent, il roulait de nouveau sur l'autoroute. L'hélicoptère l'avait repris en chasse. Au loin, derrière lui, il entendait des sirènes, signe que la traque continuait. Il savait qu'avec leur moteur gonflé, les voitures du Nitaï seraient bientôt derrière lui. Page 47
Il élabora rapidement un plan : dans quelques kilomètres, il y aurait un tunnel qui lui permettrait d'échapper à la surveillance de l'hélicoptère. S'il y parvenait avant ses poursuivants, il pourrait abandonner sa moto. Ensuite, il traverserait l'autoroute pour prendre la fuite par une coursive. Le temps que les soldats comprennent, il aurait une chance de leur échapper. L'autoroute filait vers le Sud en s'éloignant de la ville. Le flot de véhicules devenait moins dense. La plupart des automobilistes avaient pris les sorties précédentes pour se rendre sur leur lieu de travail. Il y avait donc moins d'obstacles entre lui et ses poursuivants. Ces derniers pouvaient lancer leurs machines à pleine puissance. La moto doubla un dernier véhicule. Soudain, l'hélicoptère la dépassa, descendit très bas au dessus de la route et se mit en travers. Il restait en vol stationnaire, barrant le passage. La porte arrière s'ouvrit : un soldat le visait avec un fusil à lunette. Pas d'autre solution : Faïgon freina sec et tenta un demi-tour. Trop tard : un coup de feu parti et un objet métallique se fixa sur le bloc moteur. Faïgon vit tout de suite que le projectile était un bloc aimanté à décharge électromagnétique. Avant qu'il ne put faire quoi que ce soit, l'engin envoya sa décharge. Le moteur stoppa net. La moto se coucha et Faïgon tomba au sol. Il sentit son crâne taper violemment le bitume. Il resta allongé sur la route, sans bouger. L'envie de se relever et de courir lui échappa. Il eut une dernière pensée pour Shara : Pourvu qu'il s'en tire... Il observait le ciel bleu. Il entendait les sirènes qui s'approchaient. Lorsque l'ombre de l'hélicoptère lui masqua le soleil, il ferma les yeux et sombra dans l'inconscience.
***
Shara s'était caché dans un des rayons, au milieu des vêtements. Le supermarché était presque désert. Il entendait les soldats courir à sa recherche dans le magasin. Ces hommes étaient armés et ils en avaient après lui. Shara n'avait pas l'habitude de ce genre de situation. Il n'avait pas l'intention de les tuer. Son maître lui avait appris à respecter la vie sous toutes ses formes. Mais l'un d'entre eux n'avait pas hésiter à lui tirer dessus la veille. Shara savait qu'il allait devoir les neutraliser sans états d'âmes car sa vie en dépendait. Il observa alors ses mains. Impossible d'utiliser la gauche, la douleur était trop forte. La plaie de sa main droite ne s'était pas rouverte, mais il allait devoir la ménager. Page 48
Les pas se rapprochaient sur sa droite. Deux hommes couraient dans sa direction. Il attendit le bon moment. Lorsque le premier dépassa la tête de gondole, Shara lui envoya son coude sur l'arrête du nez. L'homme fut stoppé net et s'effondra au sol en tenant son nez entre ses mains. Le deuxième soldat était juste derrière. Sans lui laisser le temps de réagir, Shara planta la pointe de son pied dans son abdomen, au niveau du plexus solaire. L'homme lâcha son arme et se plia en deux. D'un coup de pied, Shara appuya son talon derrière le genou de son adversaire et l'écrasa au sol. Un craquement sec se fit entendre et l'homme émit un long hurlement. Ces deux là ne l'inquiéteraient plus. Il se précipita alors dans la direction opposée, vers le fond du magasin. Arrivé à l'extrémité du rayon, un autre soldat surgit devant lui. Celui là avait sûrement été alerté par les cris de ses camarades. Il fut surpris de se trouver juste devant celui qu'il traquait. Il tenta de lever l'arme qu'il tenait à hauteur de sa hanche. Shara, aidé par son élan, fit un bon et appuya son pied gauche sur le canon. Fort de cet appui, il lança sa jambe droite contre la tête de son adversaire. Le choc projeta ce dernier contre l'armature métallique du rayonnage. Shara repris appui sur le sol et se précipita vers une porte du fond sur laquelle était peinte l'inscription "Sortie de secours" sans prendre la peine de vérifier si le soldat se relevait.
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A peine arrivé, Kaïtos se précipita au poste de sécurité. C'était une petite pièce sombre où plusieurs écrans étaient alignés sur un mur. Un opérateur se tenait devant. Il manipulait toute une série de boutons sur une console. Un autre lieutenant, âgé d'une trentaine d'années, se trouvait derrière lui. Sans même le saluer, Kaïtos lui demanda : - Alors, il est où ? - Il vient de se planquer dans les réserves. Dis donc, c'est qui ce type ? Il m'a allumé trois gars ! L'homme était visiblement nerveux. Sans même lui répondre, Kaïtos s'adressa à l'opérateur : - Vous avez des détecteurs sur les issues de secours ? L'homme acquiesça : - Oui Mon Lieutenant, s'il sort, on le saura tout de suite. Kaïtos saisit son poste radio portable : - C-vingt-deux, sur le parking côté livraisons. L'autre officier s'adressa de nouveau à lui : - Tu vas me dire ce que c'est que tout ce bordel ? Kaïtos répondit d'un air méprisant : - Ca te regarde pas. Mission spéciale pour le général Kaya. Page 49
L'homme siffla sur un ton exagérément admiratif : - Kaya, rien que ça ! Alors je te laisse te débrouiller. Puis il quitta la pièce.
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Shara était dans une grande pièce sombre qui s'étalait en longueur. Elle était remplie d'étagères en métal sur lesquelles des palettes, des cartons et des caisses étaient entassés . Il se trouvait dans les réserves du magasin. En face de lui, il voyait la faible lueur d'une lampe sur laquelle était indiqué "Sortie de secours". Pas le temps de s'y rendre : il entendait déjà d'autres soldats qui arrivaient derrière lui. Deux rangées de grosses caisses d'environ deux mètres de haut posées à même le sol se trouvaient sur sa droite. Sans hésiter, il grimpa sur l'une d'entre elles. Il s'aplatit le plus possible pour ne pas être vu. Trois soldats firent irruption dans la réserve. D'où il était, il ne pouvait pas les voir car la première rangée de caisses lui masquait l'entrée. Les trois hommes chuchotèrent quelque chose puis se séparèrent. Grâce à ses sens aiguisés, Shara entendait leurs mouvements et les bruits de leurs pas. L'un d'entre eux s'engagea entre les deux rangées. Il approchait de l'endroit où se trouvait Shara. Il fallait qu'il saisisse l'occasion. Lorsque le soldat arriva à sa hauteur, Shara remonta lentement son genou droit et étendit sa jambe au dessus du vide. L'homme s'arrêta. Il avait dû entendre les mouvements. Il leva la tête mais n'eut pas le temps de réagir : Shara ramena sa jambe d'un coup sec en heurtant, avec son talon, la tête du soldat. Ce dernier ne portait pas de casque. Son visage percuta violemment la caisse dans un bruit sourd. Sans lui laisser le temps de se reprendre, Shara lui envoya un coup de talon au milieu du visage, ce qui lui fit retomber en arrière. Alerté par le bruit, un deuxième soldat se précipita dans leur direction. Lorsqu'il aperçut son camarade allongé au sol, il cria : - Montre-toi, sort de ta cachette que je te fasse ta fête. L'homme regardait nerveusement dans tous les directions, tenant fermement son arme, le canon bien droit devant lui. Shara descendit lentement derrière lui, en faisant le moins de bruit possible. Lorsqu'il toucha le sol, le soldat fit volte face. Profitant de l'effet de surprise, Shara frappa son canon avec son pied droit. Le fusil échappa des mains de son propriétaire. Page 50
Sans reposer son pied, Shara le projeta vers le sternum de son adversaire. Ce dernier recula malgré l'armure légère qu'il portait à cet endroit. Shara se précipita vers lui à nouveau et lui envoya un coup de genou dans le bas ventre. L'homme se plia en deux en criant. Shara lui asséna alors un coup de coude en plein sur la nuque. Le soldat s'effondra au sol, inconscient. Shara se préparait à affronter son troisième poursuivant lorsqu'il entendit celui-ci prendre la fuite. Sans hésiter, il se dirigea alors vers l'issue de secours, poussa la porte et se retrouva sur le parking des livraisons, à l'arrière du centre commercial. En face de lui, à environ cent mètres, il aperçut l'orée de la vaste forêt qui bordait l'ouest de la ville.
La lumière du soleil l'aveugla. Ses yeux s'étaient habitués à la pénombre des réserves. Il attendit quelques instants puis s'avança hors de l'ombre du bâtiment. Soudain, derrière lui, quelqu'un le saisit par le col. Shara fut soulevé à plus de vingt centimètres du sol. Avant qu'il ne puisse réagir, il fut projeté sur une distance de dix mètres. Il parvint à amortir sa chute en faisant une roulade. Mais la douleur dans sa main gauche se propagea dans tout le bras et lui arracha un cri. Il se releva rapidement et fit volte-face. Il fut stupéfait en voyant son assaillant. L'homme qui se tenait devant lui était un véritable colosse. Il mesurait bien deux mètres dix et avait une carrure impressionnante. Il portait un uniforme qui semblait trop petit pour lui. Son regard était vide de toute expression et son visage restait impassible. Shara ne comprenait pas comment il était possible qu'il n'ait pas senti sa présence. L'homme devait se trouver juste à côté de la porte. Il avait agi avec une rapidité incroyable. Le combat n'allait pas être facile. Shara se mit en position et se prépara à riposter, quand soudain le géant s'élança vers lui. Sans que Shara ne puisse faire un mouvement, l'homme le saisit par la gorge et le souleva à nouveau. La prise était ferme, pas moyen de bouger. Shara sentait la pression sur sa gorge et commençait à suffoquer. Son adversaire n'avait toujours pas la moindre expression sur le visage. Une voix s'éleva derrière eux : - C'est bon, merci C-vingt-deux. Tu peux le reposer, il nous le faut vivant. Immédiatement, l'homme s'exécuta et lâcha Shara qui tomba à genoux sur le sol. Le jeune garçon releva la tête pour voir celui qui venait de prendre la parole. Il reconnut l'officier qui lui avait tiré dessus dans la ruelle. Page 51
Ses yeux pétillaient et il arborait un rictus de satisfaction. - Enfin on se retrouve ! J'ai un petit compte à régler avec toi. Tu as de la chance, je dois te ramener en vie. Mais avant, j'ai bien l'intention de te faire payer pour ça. Il désigna un pansement qui lui recouvrait le milieu du visage. Son nez avait dû se casser lorsque Shara lui avait donné un coup de coude. - Je m'appelle Kaïtos, reprit-il. Retiens bien ce nom. A l'avenir, tu sauras ce qu'il en coûte de se frotter à moi. Il se mit en position de combat. Shara observa son adversaire. Il était un peu plus petit que lui et était assez musclé. Il n'était pas beaucoup plus âgé, peut être un an ou deux. Vu la position qu'il adoptait, il semblait maîtriser les arts du combat. Shara était épuisé, la douleur de sa main gauche était atroce et chaque mouvement ne faisait que l'amplifier. L'idée de devoir affronter Kaïtos ne l'enchantait pas. Mais il n'avait pas le choix. Il savait que son adversaire était déterminé à lui donner une correction. De tout façon, Shara n'avait jamais reculé devant un combat, c'était contraire à son code d'honneur. Il se releva, se mit en position et répondit : - Et bien sache que celui que tu vas affronter s'appelle Shara, et que je ne me rendrai pas sans me défendre.
Kaïtos était hors de lui. Il tenait ce petit insolent à sa merci. Il pouvait en faire ce qu'il voulait. Et ce prétentieux se permettait de lui répondre ! Il ne semblait pas avoir peur. Au contraire, il se préparait à combattre. Kaïtos était bien déterminé à lui faire payer cette arrogance. C'était un très bon combattant. Le meilleur. Lassé d'être la risée de ses camarades d'école, Kaïtos s'était inscrit à des cours d'arts martiaux qu'il avait suivi avec assiduité. Une fois entré dans l'armée, ses aptitudes lors des entraînements l'avaient fait remarquer et avaient contribué à son recrutement dans les sections Fantômes. Par la suite, il avait suivi l'entraînement des commandos avec les plus grands experts de toutes les formes de combat rapproché. A présent, plus aucun de ses hommes n'osait s'entraîner avec lui. Il en avait envoyé plus d'un à l'hôpital. Ce n'était donc pas ce Shara qui allait lui causer des difficultés. De plus, à sa façon de tenir son bras gauche tendu vers le bas, il voyait bien que le jeune homme était blessé. Même s'il savait qu'il se mesurait à un bon combattant, Kaïtos était persuadé qu'il ne pouvait pas perdre. Il avait été attaqué par surprise, la veille dans la ruelle. Mais à présent il était prêt à l'affronter et à le vaincre. Page 52
Shara observait les yeux de son adversaire. Une personne normale regarde toujours l'endroit où elle va frapper. Il est donc facile d'anticiper les attaques en suivant la direction du regard. Seuls de grands experts parviennent à se contrôler et à ne rien laisser transparaître. Ainsi, lorsque Kaïtos envoya sa première attaque, Shara bloqua immédiatement avec sa main droite. Kaïtos était rapide, il alternait les coups de poing et les coups de pied. Il frappait au visage, au ventre, aux jambes, tentait quelques feintes. A chaque fois, Shara parvenait à bloquer ou à esquiver. Du fait de sa main cassée et de sa fatigue, il restait vigilant. Il essayait d'analyser chaque mouvement de son adversaire. Ce dernier se déplaçait correctement et avait une bonne garde. Mais il était impatient. Il attaquait continuellement, sans forcément penser à se replacer pour éviter une riposte.
Kaïtos frappait et frappait encore. Rien à faire, Shara anticipait tous ses mouvements. Pas une de ses attaques n'avait touché. Même avec une seule main,le jeune homme arrivait à lui tenir tête. Par trois fois, il avait bloqué un coup de pied avec son genou. Kaïtos avait à présent les tibias douloureux. Il sentait la rage monter en lui. Il frappait de plus en plus vite, de plus en plus fort. Mais rien n'y faisait. Pire encore, Shara se contentait d'esquiver les coups sans riposter, comme s'il le narguait. Kaïtos n'avait jamais connu une telle situation. Il fallait absolument qu'il prenne le dessus, coûte que coûte. Il oublia les consignes de Kaya. Son seul désir était d'écraser son adversaire, même s'il devait le tuer pour cela.
Shara esquiva de justesse un coup qui visait son oeil. Il voyait dans le regard de Kaïtos que celui-ci était déterminé. Il utilisait la paume ou le tranchant de la main en visant de plus en plus les points sensibles. Shara connaissait bien ce type d'attaques, il les avait beaucoup étudiées. Aucun doute possible : à présent, Kaïtos frappait pour tuer. Il ne pouvait plus se contenter de se défendre. Visiblement, son adversaire n'avait pas l'habitude qu'on lui résiste. Il prenait de plus en plus de risques. C'était une faiblesse psychologique qui pouvait être exploitée pour le pousser à commettre des erreurs. L'occasion que Shara attendait se présenta : Kaïtos lui envoya un direct du droit vers la tempe. La puissance du coup le déséquilibra légèrement vers l'avant. Shara saisit le poignet de l'officier avec sa main droite et le dévia. Il pivota sur lui même et poussa Kaïtos, épaule contre épaule, tout en abaissant le bras. Ce mouvement projeta le lieutenant au sol. Il fit une roulade et se releva immédiatement. Comme prévu, cela l'avait rendu encore plus furieux. Page 53
Il se précipita sur Shara en criant, sauta et lui envoya un coup de pied latéral en direction du sternum. Le jeune homme esquiva le coup en pivotant sur sa gauche et envoya son coude droit à la base du cou de son assaillant. Ce dernier recula en arrière. Shara lança sa jambe gauche en arrière en tournant sur lui-même. Celle-ci frappa la tête de Kaïtos au niveau du nez. Emporté par le choc, l'officier tomba au sol. Il se redressa sur les genoux en tenant son visage. Le pansement qui lui recouvrait le nez était devenu rouge. Shara hésita. Son adversaire était à sa merci et il lui était facile d'en finir. Mais il ne fit rien car il ne souhaitait pas frapper un homme à terre. Kaïtos regarda Shara avec un regard emplit de haine. Il avait les yeux exorbités. Il hurla à l'attention du colosse qui n'avait pas bougé depuis le début du combat : - Crève-le ! Crève-moi cette ordure. Le géant n'avait toujours aucune expression sur le visage. Dès qu'il entendit l'ordre, il se précipita sur Shara. Ce dernier, qui s'attendait à une nouvelle attaque fulgurante, fit un bond sur le côté. Mais l'homme était trop rapide : il eut le temps de le saisir par la main droite en tenant fermement. Shara s'attendait à subir une nouvelle attaque quand, soudain, un petit caillou heurta la tête du géant. Ce dernier se retourna vers l'endroit d'où venait le projectile. Une jeune fille se tenait debout, à quelques mètres. Elle avait des cheveux longs, bouclés, et avait l'air aussi jeune que Kaïtos et Shara. Elle souriait et s'adressa au colosse : - Hé, boîte de conserve, tu ne veux pas t'attaquer à quelqu'un de plus fort ? L'homme ne répondit pas. Il se tourna vers Kaïtos comme s'il attendait un nouvel ordre. Mais l'officier, toujours à genou, regardait la jeune fille sans dire un mot. Il ne semblait pas savoir quoi faire non plus. Sans attendre, la jeune fille s'élança, les mains vers le sol. Elle effectua une série de sauts périlleux et en instant fut aux pieds du géant. D'un bond prodigieux, elle s'élança en l'air en tournoyant sur elle même. Arrivée à hauteur du visage du colosse, elle lui envoya un puissant coup de pied. Avec horreur, Shara vit la tête de l'homme se détacher de son corps et retomber quelques mètres plus loin. La main qui le tenait perdit de sa force. Shara se dégagea de l'emprise et recula, juste avant que le corps sans tête ne bascule dans un énorme bruit de ferrailles. La jeune fille était retombée au sol. Elle faisait face à Shara. - Un classe C, dit-elle en souriant. Pas très solide ! Page 54
Shara comprit ce qu'elle voulait dire. Il se retourna vers la tête qui gisait sur le sol. Des fils électriques dépassaient du cou et il n'y avait aucune trace de sang. Le colosse était un androïde. La jeune fille se retourna vers Kaïtos, qui était resté figé : - Tu passes ton tour ou je m'occupe de toi aussi ? Le jeune officier avait perdu toute sa prestance. La terreur se lisait sur son visage. Il se leva d'un bond et s'enfuit en courant. La jeune fille éclata de rire, puis elle se retourna vers Shara : - Tu vas bien ? Viens avec moi, je vais t'emmener dans un endroit où ils ne te poursuivront pas. Elle lui était venue en aide. Shara sentait qu'il pouvait lui faire confiance. Il accepta et la remercia. - Pas de quoi, répondit-elle, toujours en souriant. Au fait, je m'appelle Aquila. ***
L'homme entra dans le café. Il était plutôt grand, environ un mètre quatre vingt huit. Ses cheveux bruns étaient bien coiffés. Son teint hâlé faisait ressortir ses yeux bleus. Il portait avec élégance et décontraction un costume bien coupé. Il avait une démarche tranquille et assurée. Il s'appelait Thuban. Comme d'habitude, il y avait peu de clients dans la salle. Deux habitués étaient accoudés au comptoir. Ils lui adressèrent un signe de tête lorsqu'il entra. Sur la gauche, quatre soldats étaient attablés. Ils riaient bruyamment. Il ne jetèrent qu'un regard distrait à ce nouvel arrivant qu'ils voyaient là tous les matins. Thuban passa devant le comptoir, salua la serveuse et pris place à sa table habituelle. Pas besoin de passer commande, il prenait la même chose tous les matins. Pendant qu'il ouvrait son journal, la serveuse lui apporta un café et un croissant. Elle posa le ticket de caisse à côté de la tasse. Il parcourut tranquillement le journal tout en buvant. Il mordait de temps en temps dans le croissant. Il finit de lire au bout d'une demie-heure. Il ramassa le ticket et le retourna discrètement. A l'arrière était inscrit au stylo : Le roi de pique est posé sur le tapis. Il replia le petit bout de papier en boule et le posa au fond de sa tasse où il restait un fond de café. Il déposa de la monnaie sur la table, se leva et sortit en adressant un signe de la main en direction du comptoir. Les quatre soldats ne firent pas attention à lui. Quelques instants plus tard, à plusieurs kilomètres de là, une jeune femme courait dans les couloirs d'une base militaire située sous une montagne, en plein territoire américain. Arrivée devant la porte du bureau du colonel, elle frappa et entra sans attendre de réponse. - Mon Colonel, nous avons un rapport prioritaire. L'homme en uniforme qui se tenait devant elle, assit dans son bureau, leva la tête de ses dossiers : - Parlez. - Ca vient du major Thuban, répondit-elle. Il nous informe que le général Mirach est arrivé à Pyxis.
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